‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 152 sur 178 · CHAPITRE XIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIU

Bien plus, mon hidèle Duncan lui-même, effrayé des descriplions pessimistes qu'on lui à faites du pays, s'était décidé à rebrousser chemin. Va sans dire que Robert était enchanté de cette décision.

… Et pourtant j'ai montré tant de fermeté et tellement prodigué les bonnes paroles, que nous voilà décidés à partir demain matin. Avec Duncan et Robert, viendront le chef des Sékanais, Xarta « l'OEil de lièvre » et Thomas, jeune homme qui peut avoir vu vingt-cinq printemps. Ce seront mes porteurs. Moi je me contenterai de mon appareil photographique et de quelques petites bagatelles.

26 juillet. —- Nous voici au soir de notre première journée de marche. Nous sommes à près de 20 milles à l’est du lac d'Ours,à presque6.000 pieds au-dessus du niveau dela mer.

Quelle course ! Nous n'avons pas plus tôt quitté le lac d'Ours qu’il nous a fallu monter. Pour la première marche à travers bois de si longue haleine, je m'en suis assez bien tiré. L'ascension de la montagne nous a mis à même de contempler les plus vastes horizons et les plus pittoresques accidents de la nature. Nous avons passé tour à tour de gracieuses cascades et cascadelles, des lours géminées aussi anciennes que le monde et de vastes champs de neige perpétuelle.

Mais qu'est-ce que ce sol de couleur sanguinolente que nous foulcns aux pieds ? C’est de la neige, tout simplement. De la neige rouge, s'il vous plaît. On n’en voit pas partout. D'infimes animalcules, au dire des uns, le voisinage des flancs ochreux de la montagne, selon les autres, telles sont les causes probables de la couleur étrange de cette neige. Là où nous passons, elle n’a pas moins de cinq pieds de profondeur.

Nous avons depuis quelque temps dépassé la limite du bois et, à part d'immenses bandes de neige, nous n'avons plus que de vastes espaces recouverts d’une espèce de

bruyère à fleurs roses, le long desquels court une brise glaciale. Oh! la bonne brise ! Comme elle est bienvenue du voyageur dont le front ruisselle de sueur !

De distance en distance, les marmottes nous saluent au passage de leurs sifflements stridents. Si elles n'étaient pas si loin et si nous n’élions pas si pressés, comme nous leur ferions vite faire connaissance avec nos fusils !

Or voilà que Duncan s'arrête soudain, et, nous barrant le passage de la main :

— Arrêtez, n’avancez pas ! nous dit-il.

Il épaule sa carabine, la détonation retentit et le voilà qui court chercher sa marmotte que nous autres, moins clairvoyants que lui, ne pouvons discerner.

A moitié chemin il s'arrête tout penaud. Miséricorde ! Il a tiré sur une feuille de berce desséchée.….

Vers le soir, nous contournons un peu la montagne qui, au point où nous la traversons, a plus de 6000 pieds d'altitude, et nous descendons graduellement.

Je commence à tirer la jambe et voudrais bien camper. Mais où trouver le bois pour le feu du bivouac ? Le chef qui nous sert de guide, nous montre à une assez grande distance un bouquet d’arbrisseaux qui ressemblent à des genévriers. Ce sont des sapins des montagnes, arbustes chétifs et rabougris, près desquels nous dressons notre tente.

27 juillet. — Ce matin, nous avons continué, sur le versant-nord, notre descente de la montagne.

Après avoir pataugé dans des marais couverts d'herbe fine et clairsemée tout empreignés des pistes du terrible ours gris, nous sommes arrivés vers onze heures, à la « Grande Chaudière », espèce de puits naturel creusé dans le roc avec la régularité d’un objet tourné au tour. Il peut avoir six pieds de diamètre, et ses bords sont garnis d’un talus de presque deux mètres de hauteur. De ce curieux trou se dégagent des gaz si léthifères que tout animal qui

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