‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 153 sur 178 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

s’yaventure, tout oiseau qui en approche en meurt, comme l’attestent les cadavres de fouines, de marmottes, de geais, de pic-bois, etc., dont le fond est jonché.

Vers midi, après une marche constamment descendante, nous arrivons sur les bords de l'Ominékah, rivière fameuse dans les annales des mines d’or de la Colombie. A son embouchure avec la Finlay, elle a les proportions d’un fleuve ; mais nous sommes ici près de sa source, et, surtout à cette saison-ci et en comparaison de nos autres cours d’eau, elle ne peut guère prétendre qu'au titre de grand ruisseau.

Il a plu toute la matinée et mes pantalons n’ont pas un fil de sec. Aussi, tandis que mes compagnons ont la charité de s’ingénier pour trouver le moyen de me traverser, je me mets à l’eau et me trouve de l’autre côté pendant qu'ils sont encore occupés à défaire la charge des deux chiens qui nous accompagnent.

Désormais nouslongeons la rivièrequi, grossie des nombreux torrents que lui envoient les montagnes d’alentour, prend bientôt des proportions respectables.

Un de ces torrents ne tarde pas à nous barrer le passage. Naturellement il n’y a pas de pont là où n’existe même pas de sentier. Je me hisse donc sur les épaules de Robert qui, muni d'un vigoureux bâton pour résister à la violence du courant, me dépose sain et sauf de l’autre côté.

Pelites prairies naturelles entrecoupées de fourrés de saules au travers desquels nous nous faufilons, nous courbant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, quelquefois presque jusqu’à terre. A droite, l'Ominékah, enserrée de monts neigeux ; à gauche, les premiers contreforts d’autres montagnes hérissés de millions de sapins secs.

Nous campons sur l’herbette tout près de la rivière. Je suis tellement rendu que la somme la plus fabuleuse ne pourrait me faire faire une demi-lieue de plus.

Distance parcourue : au moins 21 milles.

Dimanche, 28 juillet. — Respectons le repos dominical, et passons la journée à prier, à chanter, à jaser et à nous étirer les jambes. Entre temps, un loup vient nous rendre une visite par trop courte, puisque nous n'avons même pas le temps d'essayer de le retenir.

29 juillet. — Gelée blanche ce matin. Les marmottes abondent à quelques mètres de notre campement. C’est pourquoi Duncan et Thomas nous ont quittés au point du jour pour leur donner la chasse jusqu’à ce que nous les rejoignions.

Suivons loujours la vallée de l’'Ominékah. Vers onze heures le terrain se relève un peu, les montagnes se rapprochent, de petits pins gommeux succèdent aux clairières et aux saules.

Il est près de midi quand nous trouvons les charges de nos deux chasseurs avec une marmotte qu'ils ont abattue. Pendant que nous l’apprêtons pour notre dîner, Thomas et Duncan arrivent avec une autre. Ils ont vu un pécan (Mustela Pennant, Erx].) et manqué plusieurs marmottes.

Après midi, Duncan, le fameux chasseur qui ne manque jamais le gibier par sa faute, tire cinq coups de carabine sur une marmotte sans la tuer. Nous sommes réellement au pays des marmottes ; à chaque instant nous les entendons saluer notre passage, mais généralement leurs salutations contiennent une pointe d’ironie, puisque l'animal a toujours soin de se tenir à une distance respectueuse de nos fusils.

Vers le soir, nous nous éleignons un peu de l’'Ominékah qui se fraye un passage au sud-est entre de hautes montagnes.

Le chemin — je veux dire le sol que nous foulons aux pieds, car il n’y a pas ombre de sentier — devient exécrable. Ce ne sont que troncs d'arbres tombés les uns sur les autres. Il nous faut, ou bien les enjamber, ou sauter de

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