CHAPITRE XHI
l'un à l’autre au risque de nous flanquer par terre, ce qui, LU
du reste, nous arrive plus d’une fois. On s'imagine bien ?
que pareilexercice gymnastique n’est pas de nature à nous
reposer. ii] |
Un autre cours d’eau fournit à mes compagnons l’occa- 11) | sion de me porter à dos ; puis le ciel, longtemps chargé de li | nuages, nous envoie une averse qui promet d’être sérieuse. LE
Il n’est pas encore six heures du soir ; mais la pluie, non moins que la fatigue, nous presse de camper, d'autant plus que nous ne savons pas quand nous aurons l’eau à portée comme à présent. (ER Distance parcourue aujourd’hui : 17 milles. |
30 juillet. — Nous commençons par gravir une colline [it ÿ abrupte en nous cramponnant à quelques rares arbustes et À aux sinuosités de sa rampe, puis coupons nombre de ravins et de vallées boisées.
Sentier pire que jamais : roches à arêtes contondantes, trous profonds parfois cachés par la mousse el une espèce de ronces, enchevêtrements de troncs d'arbres jonchant le sol.
Les marmottes, toujours les marmottes.
Les difficultés de la roule nous forcent de ralentir la marche, el, après midi, nous quittons définitivement la vallée de l’Ominékah pour nous engager dans une passe entre deux montagnes vers le nord-est. Pataugeons en montant dans de petites prairies à fond vaseux et entièrement recouvertes d’eau.
Décidément nous n'avons pas de chance : depuis notre départ du lac d'Ours nous n'avons pas eu une journée sans pluie. En ce moment elle tombe à torrents.
— Ce n’est pas étonnant, remarquent mes compagnons ; c'est la première fois que ces montagnes nous voient. Il pleut toujours en paicille circonstance.
Et ils m’expliquent que, pour éviter ce désagrément,
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nous aurions dû nous barbouiller a figure de charbon, ce qui, paraît-il, aurait dissimulé notre présence aux montagnes. C’est, m'assureut-ils, ce qui se pratiquat toujours autrefois.
Vers le soir, pendant que Duncan et Thomas vont faire un tour de chasse, nous dressons notre tente au sommet du col, solitude des plus pitloresques. À nos pieds, un pelit lac parsemé d'ilots ; en haut, tout près de nous et de quelque côté que se portent nos regards, de hautes montagnes de forme pyramidale aux flancs bariolés de neige perpétuelle. N'étaient certaines passes entre ces agglotnérations montagneuses que notre esprit devine plutôt que nos yeux ne perçoivent, on se dirait au fond d’un immense entonnoir aux bords échancrés.
Quelque temps avantle souper, nos deux chasseurs reviennent avec une marmotte et deux gelinottes. Duncan a tué une autre marmotte qui a pu se traîner dans son trou pour y crever.
Nous n'avons guère fait que 13 milles aujourd’hui {1).
31 juillet. — Tout le monde est si fatigué et les environs nous ont paru si propices, que j'ai donné jusqu’à midi pour chasser. Duncan, Thomas et Robert sont partis de grand matin et Robert revient pendant mon sommeil avec deux gelinottes qu’il a tuées. Il est transi de froid et nous assure que les marmottes, plus frileuses que lui, ne sont pas encore sorties de leur trou.
En attendant le retour de ses deux compagnons, je me mets à contempler la sauvage beauté de notre pays d’Amérique. C'est vraiment un océan de montagnes que cette région où nous avons porté nos pas incertains. Et quelles montagnes ! Forteresses aux remparts crénelés, cathédra-
(1) Dans toutes les évaluations de distances parcourues contenues dans ce journal de voyage, je me suis constamment appliqué à rester plutôt en dessous qu’en dessus de la vérité.
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