CHAPITRE XlIil
les gothiques ou byzaniines avec vigoureux contre-forts, scies colossales qui‘ fendent les nues, gigantesques pyramides qui ont peut-être l’âge de ces étoiles vers lesquelles elles portent leurs blancs sommets, immenses cônes arrondis recouverts de neiges perpétuelles qui, aux reflets du soleil, scintillent comme un ballon saupoudré de poussière de diamant, nos montagnes revêtent toutes ces formes, se parent de tous ces atours.
Mais voilà que Duncan et Thomas reviennent de la chasse avec une marmotte. Thomas en a tiré une autre qui s’est glissée dans son trou avant qu'il ait pu la saisir. Tous les deux ont manqué se geler, disent-ils.
De nouveau en route, nous descendons le col, puis voyageons toute la journée dans une espèce de bas-fond pierreux d’un mille de large bordé de montagnes qui suent une eau froide comme la neige qui l’a produite. Toutes les roches sont maintenant d’un magnifique granit blanc qui serait aussi apprécié en Europe qu'il est inutile ici.
En contournant une pointe de montagne pour entrer dans une autre vallée arrosée par une rivière aux eaux si limpides qu’on n’en soupçonne pas la profondeur — le sable de son lit paraissant presque à la surface — et que je nomme rivière Duncan, les marmottes attirent plus que jamais notre attention. Thomas en tue une, et de la seconde il ne rapporte que quelques boyaux que sa balle lui a fait sortir du ventre, ce qui ne l’a pas empêchée de regagner son trou. Rien n’a la vie dure comme une marmotte. Le chef lui-même en abat une avec ses deux petits.
Toutes ces captures réjouissent le cœur de mes sauvages et leur joie se traduit par l’ardeur avec laquelle ils continuent leur chemin, sautant de roche en roche avec leur charge. Il est presque impossible de mettre le pied ailleurs que sur une pierre. |
.Par extraordinaire nous tombons surunsentier de chasse qui nous permet d'aller bon pas. Puis nous tournons à l’est,
toujours entre deux montagnes.
Or voici venir du nord une rivière d’une rapidité vertigineuse qui se précipite dans la Duncan. Chacun décline l'honneur de me porter de l’autre côté, parce que tous craignent de ne pouvoir lutter coutre la fougue du torrent. A la fin Robert est encore obligé de se dévouer pour mon humble personne. Mais comme le cours d’eau naraît plus profond que ceux que nous avons rencontrés jusqu'ici, mon porteur se passe, sur les épaules, en guise de cangue, l’espèce de bissac en cuir qui contient la charge des chiens et il me faut me hisser à califourchon là-dessus. C’est moi qui ne suis pas fier.
Or nous n'avons pas fait deux pas dans le torrent que j'ai la figure et les mains littéralement couvertes de maringoins. Ciel ! quelles démangeaisons ! N’en pouvant plus, je me donne un coup par ci, un coup par là, lorsque mon porteur me crie :
— Reste tranquille, ou bien je te laisse tomber dans la rivière ; les galets du fond sont très glissants et le courant très fort : si tu remues encore, je ne réponds pas de moi.
Allez donc subir sans bouger tous ces coups d’épingles dont les insectes vous criblent le cou et la figure ! Je n’oublierai pas de sitôt cette traversée.
Nous sommes forcés de camper dans les saules, près d’une eau croupissante, c’est-à-dire chez les maringoins.
Distance parcourue : 18 milles.
{er août. — Que noter aujourd’hui sinon les difficultés toujours croissantes de notre marche ? Un coup de hache porté aux arbres tous les cent mètres ou à peu près, çà et là une branche de saule recourbée de main d'homme et desséchée, voilà ce que notre guide appelle le chemin. Or comme pareilles marques ne se voient pas toujours facilement , pour peu que l’on s’attar@s après le guide, qui se perd lui-même plus d'une fois, il faut marcher tête levée et l'œil aux aguets afin de ne pas manquer ces points de repère, et comme vous ne pouvez pas regarder en l'air et à
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