‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 157 sur 178 · CHAPITRE X'II · texte numérisé non relu

CHAPITRE X'II

deux radeaux formés l’un de quatre troncs d'arbres (ce sera le mien), l’autre de trois, et pouvant avoir une longueur de quatre mètres chacun. Ce n’est pas sans quelque appréhension que nous nous confions à ce mode de locomotion sur une rivière qu'aucun de nous ne connait. Et pourtant à la garde de Dieu!

Un sauvage, debout et perche en main à l'avant et à l'arrière de chaque radeau, dirige le mieux qu’il peut sa primitive embarcation, un peu à la façon des gondoliers

. de Venise, mais avec infiniment plus de difficulté. Ce sont

les écueils contre lesquels il faut constamment se mettre en garde. Avec un courant rapide comme celui qui nous emporte, que nous venions à heurter contre une roche à fleur d'eau et les cordes qui relient ensemble les troncs d'arbres dont le radeau est composé se rompent, et l’on devine le résultat.

Or voilà qu'un roulement, sourd d’abord comme celui d’un tonnerre lointain, puis de plus en plus distinct, nous avertit du canger. La conformation du terrain nous fait deviner que ce doit être un affluent de la rivière au Radeau qui cause ce tapage. Le confluent de deux cours d’eau rapides occasionne toujours de fortes vagues, d'autant plus que le lit en est souvent semé d’écueils. Que faire ? Aller aux informations.

C’est ce que fait Duncan que nous laissons pousser à pied une reconnaissance.

De retour à notre radeau, son air triste et abattu nous dit assez le résultat de ses investigations.

— Impossible d'aller plus loin, nous dit-il. Nous autres sauvages nous ne nous aventurons jamais sur pareils gouffres, même en canot ; à plus forte raison serait-il téméraire de tenter le passage en radeau.

Il nous décrit alors, avec force accompagnement de gestes les plus expressifs, les courants contraires, qui se croisent et s’entrecroisent, les vagues qui, dit-il en exagé-

rant un peu, s'élèvent à des hauteurs prodigieuses et enfin

‘le nombre extraordinaire des écueils qui constituent un élément plus dangereux encore que tout le reste. Que faire alors ?

— Abandonner nos radeaux et.continuer à pied, déclare notre Duncan.

Cette idée est loin de nous sourire, d'autant plus que nous avons bien gagné par une semaine de faligues le repos de quelques heures que nous prétendons goûter en nous laissant entraîner par le courant.

Duncan, auquel nous faisons part de nos hésitations, répond que c’est courir après une mort certaine que d’aller à l'encontre de son avis.

— Eh bien! nous avons tous à mourir un jour, s’écrie le chef; autant mourir ici avec le prêtre qu'ailleurs. En avant!

Et nous franchissons l'obstacle avec la vie sauve, quoique en nous mouillant jusqu'aux os.

La rivière au Radeau, grossie du cours d’eau qu'elle vient de recevoir et qui n’est autre que la rivière Duncan, devient de plus en plus tapageuse. Nous glissons sur ses eaux, ou plutôt nous coupons les vagues,avec une rapidité vertigineuse.Les arbres du rivage s’enfuient derrière nous comme si nous étions emportés par ‘un train express, et nous abordons à cinq heures au pied de la montagne que le chef nous a signalée hier. Une seule fois avons-nous manqué aller nous briser contre un barrage partiel dans un des nombreux chenaux qui forment île le long de son cours.

Nous n’avons pas fait moins de 42 milles, ce quiéquivaut à deux bons jours de marche.

Nous établissons notre campement quatre milles plus au nord; sur les bords d'un petit lac qui sert de rendez-vous de chasse à l’une des bandes de Sékanais qui fréquentent le Fort-Graham.

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