CHAPITRE XIV
JOURNAL DE VOYAGE (Suile).
6 août. — Quelques bandes de chasseurs indigènes ne doivent pas être loin, me dit-on. J’envoie à leur recherche le seul sauvage de la place avec un métis que je connais depuis longtemps.
Entre temps, nous essayons de faire de la fumée sur une butle des alentours, signal convenu entre le maître decéans et une bande de Sékanais qui, dit-il, brûle du désir de me voir. Mais une pluie torrentielle empêche notre feu d’avoir l'effet voulu.
Le fleuve, deux fois large comme la Seine à Paris, monte d’un pied et demi.
8 août. — Nos sauvages arrivent sans avoir vu personne. Comme nous ne pouvons pas rester à rien faire, il est décidé que nous n'altendrons plus qu’un jour.
9 août. — Fais cinq baptêmes d'enfants.
10 août. — Comme nous nous disposons à partir ce matin, l’écho nous apporte plusieurs coups de fusils tirés de l’autre côté de la rivière. Ce sont cinq chasseurs sékanais qui arrivent superbement accoutrés de magnifiques sacs à tabac, de sacs à poudre avec large baudrier et de splendides fourreaux à coutelas, le tout brodé en verroterie de diverses couleurs, et, détail caractéristique, porté sur des
haillons sordides. Les ornements de leur couvre-chef et du fourreau de leur fusil, également en rassade coloriée, feraient envie à plus d’un Porteur.
Après la salutation habituelle et quelques paroles de regrets, nous nous confions au canot que nous a si obligeamment prêté Billy Fox, le métis chargé du fort. Le chef des Sékanais, qui ne se lasse point de célébrer l'intrépidité de ce nouveau « raconteur » qui a vaincu la montagne, est resté avec Thomas, et se prépare à retourner au lac d'Ours.
Quant à nous, nous nous gaudissons de n’avoir plus à faire manœuvrer les jambes.
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Fig. 25. — Canot Porteur.
La Finlay est üune magnifique rivière, ou, comme on dit en France, un fleuve majestueux, roulant des flots jaunâtres sur un lit de sable très fin, entre des rives de même composition qui, aux crues du printemps, restent rarement intactes. Elle a une moyennede quinze pieds de profondeur sur au moins deux cents mètres de largeur. Après qu’elle a reçu la Rivière aux Panais, elle est appelée la Rivière à la Paix, puis la Rivière aux Esclaves au sortir du lac Athabaska et enfin le Mackenzie entre le grand lac des Esclaves et l'Océan glacial.
Après midi, nous laissons à notre gauche une espèce d’échafaudage dans lequel mes rameurs voient la tombe aérienne d’un enfant sékanais.
— Des canots ! des canots ! Telle est l'exclamation que poussent à la fois Duncan et Robert en contournant une pointe formée par un coude de la rivière. C’est qu’en effet une bande de Sékanais du lac la Truite par où nous devons passer se trouve campée un peu en aval.
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