CHAPITRE XIV
Nous abordons, cela. va sans dire, et, comme la troupe est assez nombreuse, il n'est que naturel de camper avec elle, d'autant plus qu'il est six heures du.soir et que nous sommes au samedi.
Après les salutations d'usage, les femmes s’empressent de nous préparer notre campement, tandis que des jeunes gens vont nous chercher le bois de chauffage nécessaire pour le lendemain. Puis ces bons sauvages m'apportent, qui une langue de caribou, qui un museau d’orignal (morceaux les plus estimés de l’animal) ; les uns des fruits sauvages, d’autres une paire de mocassins. Braves Sékanais qui manifestez ainsi votre amour pour le prêtre, que Dieu vous le rende au centuple !
Dimanche, 11 août. — Après la prière en commun :t les chants propres aux dimanches, j'ai adressé une petite allocution aux sauvages réunis en face de ma tente; puis j'ai fait quatre ou cinq baptêmes d'enfants et entendu autant de confessions.
12 août. — Nous ne mourrons pas de faim d'ici à quelque temps, car les bons Sékanais que nous avons quittés ce matin nous ont chargés de viande de caribou, d'ours et d'orignal, en retour de quelques bagatelles. Nous nous sommes fait renseigner sur les difficultés offertes aux navigateurs par la Finlay qu’on nous qualifie de traîtresse. Aussi pouvons-nous éviter, en prenant un chenal détourné, un remous qui engloutit jadis un blanc qui le descendait en radeau et fit également disparaître un orignal qui le voulait traverser à la nage.
Le soleil est encore loin du milieu de sa course quand nous entrons dans la rivière aux Panais, juste au pied d'un contre-fort des Montagnes Rocheuses dont les flancs sont saupoudrés de la neige tombée la nuit dernière. Désormais nous remonterons le courant, nous dirigeant vers le sudouest, c'est-à-dire du côté du lac Stuart.
13 août. — Vers dix heures et demie, mes compagnons se mettent à huier l’air comme dans l’expectative d’un événement joyeux. Leur flair de limier a deviné de la fumée. C’est une autre bande de Sékanais provisoirement cantonnée un mille en amont. Force nous est encore d'’aborder.
Je fais trois baptêmes d'enfants, et, aux néophytes qui voudraient se confesser, je donne rendez-vous à notre prochain campement. On nous fait encore des présents de viande et de mocassins.
Après midi toute la bande nous accompagne et, le soir, campe avec nous.
14 août. — Après la prière du matin, j'ai entendu une dizaine de confessions dans ma tente, puis nous avons quitté ces excellents enfants des bois qui regrettaient de ne pouvoir. nous suivre plus longtemps.
Remontons toujours, el assez péniblement la rivière aux Panais, cours d’eau moins considérable que la Finlay, mais assez rapide et coupé d’ilots.
En longeant une falaise composée de sable et de gros cailloux, une grêle de pierres se détache du sommet qui bondi-sent et rebondissent contre le talus. Vite nous traversons pour nous mettre hors de danger. Un simple caillou parti d’une telle hauteur serait de force non seulement à donner la mort, mais même à percer le canot.
Campons à l'embouchure de la rivière Nation. Mes rameurs sont exténués de fatigue.
15 août. — Fête de l’Assomption de la Sainte Vierge, qui ne se chôme pas en Amérique. La rivière devient de plus en plus rapide, et les difficultés de sa navigation croissent en proportion. Ses rives tantôt argileuses, tantôt sablonneuses, se font parfois escarpées et granitiques.
Peu après notre dîner, nous rencontrons le chaland,
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