‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 162 sur 178 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

mille au lac Stuart, et me demande la faveur de l'aller rejoindre pour l’aider à régler les différends des sauvages qui, eux aussi, réclament ma présence. Impossible d’accéder à ses désirs, d'autant plus que, en raison du retard de mon courrier, arrêté à chaque pas par les branches couvertes de neige courbées sur le chemin, un des jeunes gens qui doivent m'accompagner a déjà pris les devants.

Déjà le soleil couchant dore de ses derniers rayons les nuages que reflète le cristal du lac Fraser, et pourtant vogue la nacelle ! La saison avance : nous ne pouvons attendre. Nous faisons donc de nuit les dix milles qui nous séparent du village du Fond du Lac, et surprenons au lit, c'est-à-dire sur la natte, Casimir Pænahwodillsi qui doit nous prêter son grand canot pour l'exploration du lac Français.

Fig. 26. — Racloir à tanner (1).

12 septembre. — Faisons à pied le portage de six milles qui relie le lac Fraser au lac Français ; puis, comme un vent favorable commence à souffler, nous mettons à la voile.

A peine à un mille de notre point de départ, un ours est signalé sur la rive septentrionale. Nous tournons immédiatement la proue de notre canot dans sa direction ; mais nous comptons trop sur le manque de sagacité de l'animal ; bien qu’à la nage, il aperçoit notre voile et prend

(1) Est fait d’un tibia de caribou, et sert à râcler le poil des peaux d’orignal, de caribou, etc. que l’on veut tanner. La peau, après avoir trempé une nuit entière dans l’eau froide, subit un second bain, celuilà dans l'eau chaude; puis son extrémité supérieure est solidement assujettie à un pieu que l'on dresse contre un mur, et le poil en est arraché au moyen de fortes frictions, avec l'instrument ci-dessus, contre la peau qui pend le long de la pièce de bois.

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le chemin de la forêt. Là, loutes nos recherches sont inutiles. Impossible de le trouver.

Nous ne campons pas avant d’avoir ajouté "+ nos Six milles de portage quatorze milles de navigation sur le lac. Nous voilà donc à 30 milles à l’ouest de Natléh.

13 septembre. — Une pluie fine et pénétrante nous a passablement rafraîchis. Rien de plus désagréable que la pluie en pirogue. Mais voici qui n’est guère mieux : un assez fort vent contraire s'élève qui nous coupe les bras et ralentit considérablement notre marche. Nous sondons le lac : 673 pieds de profondeur ; ce n’est pas trop mal.

Vers le soir, un assez fort campement attire notre attenlon. Puis une fusillade des plus nourries nous salue et aous invite à aborder.

— Allons voir, s’écrient mes compagnons enchantés d’avoir un prétexte pour se reposer.

Mais moi qui suis toujours pressé, je donne l'ordre de passer outre.

Voyant que nous refusons de nous déranger, les chasseurs campés sur la rive dépêchent cinq des leurs pour s'assurer de notre identité. Par eux, j'apprends la présence au campement de mon ami Denys, le fameux hypnotiseur de l'ours gris. Une vingtaine de sauvages, Babines comme lui, ont dressé leur tente en face de nous.

Distance parcourue : au moins 20 milles.

14 septembre. — Informé de ma présence dans ces parages qui n'ont jamais vu le prêtre, mon ami Denys vient me réveiller de grand matin ; puis, la prière faite en commun, nous partons en sa compagnie.

Aucun de mes cinq pagayeurs ne connaît l'endroit précis où nous devons quitter le lac pour nous enfoncer dans le sud, et pourtant, vers dix heures, après avoir pris quelques belles truites à la cuiller, nous nous hasardons dans

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