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CHAPITRE XIV

Cet espoir décuple nos forces et nous voilà bientôt sur les bords du lac tant désiré. Un feu de bivouac fume encore tout près du rivage, mais de Denys, point. Nous crions, tirons des coups de fusil; l'écho seul nous répond. Du haut d'un promontoire qui domine la plus grande partie du lac dont je dessine les côtes, nous recommençons notre fusillade avec le même résultat.

Nous nous soumettons donc à l’inévitable et nous dirigeons vers l'extrémité occidentale du lac en le longeant sur la grève où nous ne tardons pas à découvrir des pistes toutes fraîches. L’obscurité seule nous contraint de cam-

per sur le sable du rivage. Le cœur est à l'inquiétude : sans canot, qu'allons-nous devenir ?

16 septembre. — Thomas va de très grand matin et en suivant les pistes que nous avons remarquées hier demander un canot aux sauvages qu'il trouve campés à près de

- trois lieues à l’ouest, et, vers dix heures du matin, nous

saluons le brave Denys qui vient nous délivrer de notre anxiété.

Mais quel petit canot il nous amène ! C’est à peine s’il est assez large pour contenir commodément le corps de l’homme. Et encore le misérable esquif n’est pas à lui, nous dit-il. Il appartient à Nafon, Babine du Rocher-Déboulé, non encore baptisé. Ce sauvage nous le prêterait bien ; mais comme il n’y aurait aucun moyen de le lui renvoyer, le prêter serait l'équivalent de le donner, et alors que ferait-il sans canot lui et son frère, sans compter De-

nys et sa famille, tous à la veille de leur départ pour la chasse ?

Force nousestdonc de nous ençonstruire unnous-mêmes et c'est ce que nous faisons en creusant un peuplier-liard que nous trouvons à quelque distance du campement de

Nakon, où nous établissons temporairement nos quartiers généraux.

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17 septembre. — On a travaillé avec tant d'ardeur hier que le canot est déjà bien avancé quand nos ouvriers retournent au chantier ce matin. Tant mieux, car, avec tous ces retards, nous risquons fort d’avoir à subir un jeûne forcé.

Or à dix heures on vient me dire que Thomas s’est fait au pied une blessure assez sérieuse pour lui rendre le travail impossible.

Malgré cela tous les ouvriers arrivent, deux heures après, m'annoncer... quoi ? que le canot, tout près d'être mis à l'eau, a éclaté d’un bout à l’autre sous la pression trop forte d’une traverse qu’on insérait pour l'élargir !

Tant de peine pour aboutir à rien !.…

Devant notre malchance, Nakon se laisse fléchir et se prive généreusement de son canot en notre faveur.

Mais voilà qu’une autre difficulté voudrait nous retenir au campement : un vent des plus violents, une tempête en règle bouleverse la surface du lac. Et pourtant nous nous confions à notre frêle esquif qui, naturellement trop petit pour lutter avantageusement contre les vagues, admet l’eau par dessus bord à chaque instant. Mais enfin nous pouvons traverser le lac sans nous noyer.

Or qu'on admire ici la bonté admirable de la divine Providence à l'égard du missionnaire. Voici, en effet, ce qui arriva ailleurs le jour même de notre traversée :

Comme la tempête s’étendit à toute la contrée, le grand canot qu'emraenaient mes compagnons d'il y a deux jours, chavira en plein lac Français. Les rameurs, précipités au fond de l’abîme, durent la vie à une protection toute providentielle ; maïs leurs fusils, leurs haches, et leurs provisions étaient perdus.

Bien plus, M. Loring quittait la Mission le même jour avec sa femme et ses enfants. Or leur schooner, un petit navire d’une contenance de près de trente-cinq tonnes, les ballottait si furieusement que, éperdus et tout en pleurs,

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