‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 165 sur 178 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

blancs et sauvages crurent ne devoir jamais remettre pied à terre. Pour calmer les craintes de ses compagnons d'infortune, le matelot au service de la Compagnie jeta l’ancre, une pièce d'au moins cinq cents livres. La chaîne s’en rompit aussitôt. Une autre ancre également jetée eut le même sort, et le schooner, emporté par l'ouragan, alla s’échouer sur un banc de sable près de l'embouchure de la rivière Pintché.

Et nous qui naviguions avec vent de côté et dans un minuscule canot de chasse ! Gloire à Dieu qui protège son missionnaire |

Le lac traversé, nous nous engageons dans l’une des trois branches d’une belle et large rivière aux eaux limpides, que j'ai baptisée du nom de Dawson, en ma qualité de premier explorateur de son cours. Par extraordinaire, ses rives et la contrée circonvoisine sont très basses et couvertes de grandes herbes: un vrai paradis pour canards et oies sauvages.

Pourtant, bien que le giber emplumé abonde, nous ne réussissons à abattre qu’un canard. Campons sur les bords d’une baie d’un petit lac formé d’une expansion de la rivière et que j'appelle lac Sinclair.

18 septembre. — En sortant du lac Sinclair, nous nous apercevons avec surprise que la rivière, hier encore si large et si profonde, prend subitement des proportions insignifiantes. Son lit est tapissé d'herbes aquatiques qui recèlent une très grande quantité de poissons qui, se trémoussant à votre approche, en rendent l’eau toute trouble. Nous en venons au point de ne pouvoir faire avancer le canot qu’en nous servant du lit de la rivière comme d’un point d'appui pour nos rames.

Enfin, acculés sur un banc de vase, nous ne pouvons presque plus avancer. D'autre part, nos regards, qui scru-

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tent les environs, ne peuvent découvrir d'où vient ce fameux cours d’eau sans courant.

John saute à terre et va aux informations. Il ne tarde pas à revenir. Miséricorde ! Nous nous sommes aventurés dans un cul-de-sac !

Vite nous rebroussons chemin et, de nouveau sur le lac, nous tombons enfin sur la véritable rivière qui, sans être aussi large qu’hier, a encore des proportions respectables. Sa limpidité surtout est remarquable, et certains rapides qu’il nous faut remonter nous donnent du fil à retordre.

Un peu avant midi, les rives s'écartent soudain, l'horizon s’élargit, et une belle nappe d’eau d’un bleu verdâtre apparaît. C’est ce que nous appellerons désormais le lac Dawson, en l'honneur d’un de mes amis d'Angleterre.

Le souvenir de ce lac ne s’effacera pas de sitôt de la mémoire de mes compagnons, puisque, d'après eux, ce lac doit être un lac ensorcelé. Le vent, favorable un instant, y change soudain de direction; vous gréez votre voile eu conséquence, et le voilà qui tourne encore.

Au fur et à mesure que nous avançons. de nouveaux horizons s'ouvrent pour nous : en face, une chaîne de très hautes montagnes aux neiges perpétuelles ; à droite et à gauche, des collines peuplées de conifères,

Et voilà qué d’une falaise d’à côté part une trombe qui trace dans les airs comme une traînée de poudre rouge et, s’abattant sur le lac, en fait voler la surface en une pluie d’escarboucles. Sommes-nous donc au pays des fées? se demandent mes rameurs interdits.

Mais ce n’est pas tout : il nous faudrait traverser. Car un pli entre deux forts accidents de terrain sur la rive gauche nous fait deviner que là doit se trouver ce petit portage dont on nous a parlé. Mais comment s’aventurer sur une pareille étendue d’eau avec une si petite pirogue et en face d’un vent si fantasque ?

— Suivons la rive, suggèrent mes rameurs ; plus loin

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