CHAPITRE XIV
21 septembre. — Treize poissons dans nos filets ce matin. Le temps est très froid, le vent glacial ; la neige qui tombe toute la matinée rend ma tâche d’amateur géographe assez difficile. D’un autre côté, mes pagayeurs se plaignent de la fatigue et appellent de tous leurs vœux la décharge du lac dont le courant rendra l’aviron inutile.
Non loin de ce déversoir, notre canot s'arrête net, et, chose extraordinaire, nous voilà échoués au beau milieu du lac sur une espèce de muraille naturelle à arête très aiguë qui le traverse presque à fleur d’eau.
J'aurais déjà dû noter que depuis le lac Morice nous nous dirigeons constamment vers l'est, en sorte que notre itinéraire fait unimmense fer à cheval.
Mais voici mes rameurs au comble de leurs vœux : le lac prend fin, adieu la rame ! Nous nous engouffrons, en effet, dans une gorge qui laisse passage à la rivière.
Mais quel épouvantable tintamarre ! quel tonnerre ininterrompu !
— John, lève-toi donc pour voir ce que c'est, faisonsnous en glissant sur le courant,
— Ciel! la rivière disparaît! Vite au rivagel
Et, nous abattant sur nos rames, nous abordons à temps pour éviter une chute au-dessus de laquelle nous nous sommes inconsciemment aventurés.
Notre premier soin est de chercher le chemin de canot qui nous permettra de faire le portage. Rien, absolument rien. Et pourtant, si nous ne sommes pas égarés, il doit y avoir un passage pour le canot, puisqu'il est de toute évidence que personne ne saurait suivre en pirogue celte partie de la rivière. John descend très loin le long du rivage et nous revient tout désolé.
— Nous sommes certainement perdus, dit-il; aussi loin que j'ai pu voir, ce ne sont que rapides sur rapides et je n’ai pas trouvé la moiudre trace d’un portage.
— Le chemin est peut-‘tre de l’autre côté, observé-je ; allons voir.
Nous inspectons la rive gauche composée d’une coliine abrupte et finissons par découvrir là haut, bien haut, un petit tremble qui porte l'empreinte d’un coup de hache. Ce minime indice du passage de l’homme nous met sur la piste d’un très ancien sentier, le long duquel nous portons nos bagages espérant toujours trouver leterme d’un rapide qui ne finit point.
Enfin, de guerre lasse, nous campons en face d'une chute d’une quinzaine de pieds, tandis que deux d’entre nous vont chercher nos chaudières et quelques menus ba gages laissés dans le canot.
Quant à ce dernier, inutile de songer à le hisser là où nous avons passé. Qu'en ferons-nous donc ? Où sommes nous et où allons-nous ?
Mes compagnons, l'anxiété au cœur, persistent à me
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