CHAPITRE II
était rare cette année, les sauvages ne pouvaient le prendre que pendant la nuit ; et,pendant le jour,ils étaient plus disposés à se reposer sous la tente qu’à venir aux instructions.
Je dois dire cependant que bien peu de ceux qui se trouvaient dans notre campement ou dans son voisinage manquèrent aux exercices, et j'en pourrais citer plusieurs qui firent de réels sacrifices pour assister régulièrement aux instructions et aux catéchismes.
Je pensais qu’une fois la mission terminée, j'irais visiter deux autres bandes de sauvages auxquels leur vie nomade et la nature de leur pays ont valu le nom de Tsi/kohtines des Rochers. Ms étaient alors campés au pied de hautes montagnes couvertes de neiges perpétuelles dont j'avais entrevu les blancs sommets en revenant du lac Louzkeuz. Mais lorsque je voulus mettre mon dessein à exécution, je ne pus trouver ni guide ni interprète. Ces sauvages, me disait-on, étaient très loin, éparpillés de tous côtés dans la forêt ; le sentier qui menait à leur pays était affreux, ou plutôt il n’y avait point de sentier; je serais très malheureux chez eux, car ils sont mauvais et ne vivent que de chasse, de racines et de graines sauvages, etc. Voyant que, malgré ces représentations, je persistais dans ma résolution, on finit par me dire que personne ne connaissait le chemin, ce qui évidemment n’était, pour mes interlocuteurs, qu’une défaite.
Enfin on me fit observer que l’automne prochain, aux premières neiges, ils reviendraient tous dans la vallée de la Tsilkohtine et qu'ainsi je pourrais facilement les voir et leur donner la mission. Cette dernière remarque me porta à ne pas insister davantage et, comme je ne pouvais plus rien faire parmi eux, leur pêche n'élant pas finie et devant être immédiatement suivie de leur chasse d'automne, je me décidai à retourner à la Mission du lac William.
Je traversai donc de nouveau le Fraser, mais cette fois
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non sans danger : mon cheval faillit se noyer.Le lendemain
je remontais une vallée parallèle à celle du lac William,
arrosée par un charmant ruisseau qui serpente à demi caché dans la verdure de ses rives et auquel on a donné le nom pourtant peu poétique de Cheminée (Chkimney Creek). Puis, après avoir franchi la colline qui sépare les deux vallées, j'arrivai de nouveau à la Mission Saint-Joseph après une absence de presque six semaines.
Dans cette visite, je ne pus voir que trois camps ou villages, bien qu’il me fallüt faire presque 600 milles, soit environ 210 lieues.
J'ai mentionné plus haut le saumon. L'industrie à laquelle il donne lieu et son importance économique à l’ouest desMontagnesRocheuses demandent quelques détails avant de continuer le récit de mes travaux chez les Tsilkohtines.
Ce poisson, véritable providence de l'enfant des bois, est pour lui ce que le blé est pour l’Européen, le riz pour le Chinois et le veau marin pour l'Esquimau. Que le saumon vienne en nombre, c’est l’abondance dans le camp et la joie au foyer domestique ; qu'il manque un seul été, c’est la famine et la désolation ; le silence règne au village, la mélancolie gagne les cœurs.
Cinq espèces de saumon remontent le Fraser ou le déversoir du lac Babine, ai nord du territoire tsilkohtine ; mais nous n'avons à not: occuper ici que du saumon rouge (Salmo quinnat) celui qui sert de pain quotidien au sauvage. Pour le prendre, les Dénés riverains des grands lacs de l'intérieur imitent les Kamtchadales. Ils plantent d’un bord à l’autre de la riviére, généralement à une faible distance de sa sortie du lac, des pieux supportant une barrière qui arrête le poisson. A ces pieux sont fixées des claies disposées en forme d’enclos avec une ouverture donnant accès
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dans des sorles de nasses, longs paniers cylindriques en forme d’entonnoir. Le saumon, trouvant toute issue fermée par la barrière qui traverse la rivière, vient se jeter dans ces enclos ; puis, apercevant les longs tuyaux de l’entonnoir, il s’y précipite, croyant échapper au piège où il s’est fourvoyé. Arrivé là, impossible de reculer. Les saumons s’y succèdent souvent en si grand nombre qu'il n'est pas rare de les trouver entassés presque comme des harengs dans un baril. |
Chaque matin, le sauvage vient recueillir sans diffculté la nourriture que is Providence lui a envoyée {a nuit précédente, tout comme les Israélites recueillaient jadis la manne qui leur tombait du ciel.
Plusieurs aut:es méthodes, toutes plus ingénieuses les unes que les autres, sont en vogue parmi les Dénés de l’intérieur, congénères de nos Tsilkohtines. Qu'il nous suffise d’en mentionner deux, les moins rémunératrices et les plus désagréables, parce qu’elles sont plus spécialement adoptées par la grande majorité des Tsilkohtines.