CHAPITRE II
ou bien l'huile qu’elles contiennent en est extraite de la manière suivante :
On les enfile dans de longues baguettes de saule et, ainsi embrochées, on les dépase dans l’eau sur la grève sablonneuse du lac ou de la rivière jusqu’à ce qu’elles soient arrivées à un élat de putréfaction presque complète. Les miasmes qui s’en exhalent alors seraient suffisants pour asphyxier un blanc. Mais il n’en est pas ainsi avec les indigènes qui ne reculent pas devant la tâche de les recueillir avec soin.
Après les avoir laissé dégoutter quelque temps, ils les font bouillir dans de grands chaudrons d’écorce au moyen de pierres chauffées qu'ils jettent dedans. L'huile en est alors exiraite et conservée dans des outres faites de peaux de saumons. Cette huiie, qui leur paraît délicieuse, sert à assaisonner leurs fruits sauvages, en particulier celui de l’amélanchier dont ils ramassent chaque année de grandes provisions. Pour un palais civilisé, cette huile a un goût détestable.
Mais il est temss de revenir à nos Tsilkohtines et à leur église en construction.
L'hiver qui suivit la pose de la base par le P. Blanchet me vit de nouveau parini eux. Gelte fois j’y fis un séjour de doux mois et l’utilisai, non seulement à des travaux manuels, mais encore et surtout à l'étude de leur langue et de leur caractère.
Notre église était loin d’être une cathédrale ; et pourtant pour un novice (commis je l'étais alors) dans ce genre de travail, il était assez difficile d'élever un édifice comme celui que le P. Blanchet avait commencé.Notre église, bâtie en troncs d'arbres équarris sur deux côtés, devait avoir 36 pieds sur 20 avec un sanctuaire en proportion. Chaque malin, j'avais à parcourir les loges du village en formation
pour exciter l’ardeur sénéralement assez peu apparente de mes gens. Néanmoins il esi juste d'ajouter qu’une fois sur le chantier tous, hommes et femmes, chacun en ce qui le concernait, travaillaient de leur mieux.
C’est ainsi que les murs, et bientôt la charpente, s’éle-
vèrent presque insensiblement aux yeux ébahis des travailleurs qui, habitués à leurs misérables taudis, nese lassaient pas d'admirer les vastes (? ?) proportions de leur église. A les entendre, ildevait y avoir place dans son enceinte pour une bone partie du genre humain.
Tout alla bien lant que nous n’eûmes à nous occuper que des grosses pièces. Mais quand il s’agit de poser la toiture, pérsonne ne sut comment arranger les bardeaux. Ce ne fui pourtant pas les avis qui manquèrent ; chacun donn:i: |: sien gratis et tous ces avis étaient plus impraticables ies uns que les autres. C'était une vraie Babel.
Enfin ur petit vieux, décoré du nom de Nultære ou Carcajou. qui croyait en savoir plus que les autres parce qu'il avait visité quelques blancs à l’est du Fraser, se leva et, s'adressant à l'assemblée, il dit:
— Réellement mesfrères n’ont pas plus d'esprit que mon petit doigt. Il va sans dire que pour couvrir un toit, on doit commencer par le faîte.
Puis, comme pour prévenir les compliments dus à sa trouvaille, il ajouta :
— Voyez-vous, moi j'ai voyagé.
— C'est vrai! c’est vrai! Le Carcajou a raison, firent plusieurs voix en chœur.
— Pas si pressé, leur dis-je ; en commençant par le faite,
comment disposerez-vous les bardeaux ?
Le Carcajou essaya bien de me donner une leçon de cüarpenterie ; mais il s'aperçut vite de l’absurdité de sa proposition, et, devant l’hilarilé générale, il s'esquiva.
Malgré notre inexpérience, avec le temps et un peu de réflexion, nous parvinmes à faire un toit presque passable.
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