CHAPITRE II
Le gros de l’église achevé, la mission commença et chacun fit, comme äe coutume, l'accusation publique de ses fautes. Cet exercice me fournit l’occasion d'apprécier l'humeur de certuines de mes ouailles.
Chaque couple venait s’agenouiller devant le prêtre et s'accuser de ses fautes publiques afin de recevoir les conseils les mieux appropriés à sa situation et prendre la ferme résolution de ne plus retomber.
Un jeune homme venait de faire sa confession et paraissait fort contrit, quand sa femme commença à s’accuser de quelques peccadilles, ayant soin d’en rejeter toute la faute sur son mari qui, disait-elle, n'avait point soin d’elle. Elle continuait tranquillement ses récriminations, quand Xentsæn, son mari, qui était resté à genoux auprès d'elle, se leva soudain comme mû par un ressort, et des pieds et des mains, en présence du prêtre et des sauvages réunis, administra à sa moitié jalouse une râclée comme peu de feriames en ont jamais reçu. Ses yeux lançaient des éclairs, e‘ sa colère était telle qu’il ne pouvait articuler une seule parole.Il fallut deux ou trois hommes pour en avoir raison.
Après la retraite au camp d’Anarèm, on vint me chercher pour nre mener chez les Tsilkohtines des Rochers qui n'attendaient dans la vallée.
2 messager envoyé par la troupe pour m’accompagner sf x 0ller au transport de ma chapelle était un grand gail-
«A nommé 'zousi, la Pie : excellent cœur et bon caracteic, mais esprit volage, léger et inconstant ; ajoutez à cela babillard comme son homon
Mes préparatifs de départ terminés, je l'envoyai chercher le cheval qu'il avait amené pour purier mon bagage. La Pie ne bougea mie et se contenta de baisser la tête. Làdessus chuchotts:ments et sourires significatifs dans le cer-
cle qui nous entourait.
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Comme je répétais mon ordre, mon Roger Bontemps fit remarquer qu’il n’avait point de cheval, ce qui ne fit qu’ajouter à l’hilarité des assistants.
— Mais, lui fis-je observer, qu'as-tu fait de celui que tu montais hier à ton arrivée ?
— Je ne l'ai plus, répondit-il.
— Tu l’as vendu ?
— Non.
— Tu l'as donné ?
— Encore moins.
— Mnte l’a volé?
| : moins du monde.
— Peui-être qu’il s'est échappé ?
— Nenni.
— Alors, qu’en as-tu fait ?
La Pie, pour une fois dans sa vie, avait perdu sa loquacité. Tout le monde le dévorait des yeux et semblait se demander s’il allait risquer un aveu. Il n’en fit rien. Mon homme se contenta de remarquer qu'il était fort, avait de bonnes épaules et que ma chapelle ne lui pèserait pas plus qu’une plume.
S'il eût été chrétien, il eût avoué qu’il avait passé la nuit précédente à jou:" non loin du camp et avait perdu son cheval. Avec un peu de franchise, il eût pu ajouter qu’il avait perdu également son habit et son couvre-chef, accident tout à fait inopportun au cœur de l'hiver où nous étions alors.
1l serait difficile d'exagérer l'empire que la passion du jeu a sur le sauvage.Avant son baptême, il pourra jouer des jours et des nuits sans se lasser. Son modeste mobilier, ses pièges et ses collets, l’unique couverture dans laquelle il se roule pour dormir, que dis-je ? ses propres habits y passeront ; il ne s'arrêtera guère que lorsqu'il ne lui restera rien à mettre comme enjeu. J’en ai vu qui étaient réduits à un élat de nudité couplète, si bien qu'ils avaient à
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