‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 24 sur 178 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Tant que j'étais au milieu d'eux, mes recommandations à cesujet étaient assez bien observées ; après mon départ, les habitudes premières reprenaient le dessus, du moins dans la plupart des cas. Je me rappelle encore l’émoi que causait généralement mon arrivée à leur camp : je n'étais pas plutôt signalé par quelque sentinelle improvisée que jeunes et vieux couraient se débarbouiller au ruisseau qui coulait à côlé. Ils savaient que je ne toucherais que des mains propres, el tous avaient à cœur de prendre la main du prêtre en signe de salutation amicale.

Bref, ces Tsilkohtines des Rochers sont certainement la peuplade la plus primitive de la Colombie Britannique, et, à pari les Esquimaux, je doute qu’il en soit de plus arriérés dans toute l'Amérique du Nord.

Est-ce à dire qu’ils en soient pour cela moins sensibles aux influences de la religion ? Bien s’en faut. Ce sont, au contraire,de tous les Tsilkohtines ceux qui me donnèrent le plus de consolations. Leur simplicité même est un gage d'innocence, et leur peu de commerce avec les blancs ne les rend que plus dociles à l'action du missionnaire.

Deux fois par jour, je leur annonçais la parole de l'Evangile,et l’attention avec laquelle ils m’écoutaient disait assez l'intérêt qu’ils prenaient à mes prédications.

Ma visite de l’hiver suivant ne fit qu’accroître chez eux ces bonnes dispositions.

Pour punir les sauvages du chef Tàzi quine manifestaient aucun empressement à bâtir leur église, j'avais décidé de passer la fête c'e Noël chez mes Tsilkohtines des Rochers. A cet effet, et malgré un froid de 37° centigrades, je m'étais rendu à cheval au lieu où ils avaient dressé leurs cahutes en branches de sapin. Mal m'en prit : je faillis me geler.

L'air était si vif que nous ne pouvions avancer que len-

tement, mon compagnon de voyage et moi. J'étais à me demander comment il se faisait que celui-ci, d'ordinaire si passionné pour la course, se résignait maintenant à conduire à pied sa monture. En même temps, je ne sais quel malaise s’emparait de tout mon être quand mon compagnon, se tournant vers moi, me fit remarquer que si je continuais à cheval j'allais infailliblement me geler. Je devinai alors et voulus descendre. Mais impossible de me servir de mes jambes. Mon sauvage comprit mon cas; il me déposa à terre lui-même et constata bien vite que j’avais les genoux gelés, quoique pas encore assez sérieusement pour inspirer de l'inquiétude. De fortes frictions avec la neige ramenèrent peu à peu le sang engourdi ; j'en fus quitte pour quelques douloureux picotement: et je pus sans encombre continuer à pied.

L'expérience s’acquiert à ses propres dépens.

En raison de la pauvreté du local, notre fête de Noël fut assez triste. Nous n'avions pu trouver pour nos réunions qu’une grande masure, restes d’une loge construite plusieurs années auparavant dans un accès d'enthousiasme pour la civilisation presqu’aussitôt passé qu'il était venu. Le toit fut réparé tant bien que mal et les interstices iuissés vides entre les troncs d'arbres qui en formaient les murs bouchés avec de la mousse (1}.Ce fut notre église. Assurément l’étable de Bethléem ne pouvait être plus pauvre.

Cela n’empêcha pas qu'à minuit tout le monde s’y trouvait réuni, priant et chantant, pendant que j'offrais le saint sacrifice. Nous eûmes même notre illumination. Qu'on ne se scandalise pourtant pas de notre prodigalité. Cinq bouts de chandelle de suif en faisaient tous les frais. Cependant il est certain qu'aucun des assistants n’avait vu

(1) Il peut paraître singulier de pouvoir trouver de la mousse quand le sol est couvert de neige depuis deux mois. Î] faut savoir que nos sauvagesses, j'entends celles qui ont un enfant au berceau, en conservent

toujours de grandes quantités, vu que cette mousse sert de langes à leurs enfants. ;

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