‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 28 sur 178 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

— Ce sont des os de mort, me répondent-ils en riant.

—. Coinment, des ossements humains ?

— Précisément.

— Et dans quel buta-t-on pu les percher là haut ?

On m'explique alors brièvement que ce sont les restes calcinés d'anciens sauvages dont on avait brûlé les cadavres selon l'usage traditionnel des Porteurs.

Je crois bon de répéter ici les renseignements qu’on me donna alors en ajoutant les détails que j'ai appris depuis.

force de

Les Porteurs, qui sont plus vrogressifs que les Tsilkohtines, s'approprient facilement les coutumes spéciales aux tribus ou nations qu'ils estiment leurs supérieures dans l'échelle sociale. Ils avaient de bonne heure adopté la crémation qu'ils voyaient pratiquée par leurs voisins de l’ouest, les Tsimpsians.

Aussitôt qu'un des leurs avait passé de vie à trépas, deux jeunes gens étaient äéputés aux villages avoisinants pour inviter les habitants à venir assister à la crémation de son cadavre. Dès qu’une foule assez considérable se trouvait réunie, un repas public et solennel lui était offert par les parents du défunt, après quoi son cadavre était placé sur un bücher de bois sec et brûlé ai. milieu des lamentations de sa veuve, s’il était marié.

Dans ce cas, l'étiquette demandait que, en témoignage de son désespoir, la femme mît lout en œuvre pour se faire brûler avec son défunt mari. Ses cris déchira:ts ne touchaient personne : ils étaient de commande, on le savait, el, du reste, ils ne lui faisaient aucun mal. Mais il était nécessaire de l'empêcher de se détruire ou de se blesser grièvement, car on devait avoir très prochainement besoin de ses services. Pourtant si, du vivant de son mari, elle s était montrée mauvaise épouse, non seulement on la lais-

nie Mi (la

s que je

sait faire ses grimaccs, mais il n’était pas rare qu’on renchériît sur ses efforts en lui mettant la figure dans les flammes afin de lui enlever, en la défigurant pour la vie, toute chance d’un second mariage.

La cérémonie terminée, la veuve construisait un petit abri en écorce sur le lieu du bûcher auprès duquel elle avait à passer la nuit en faisant retentir les airs de ses gémissements.

Le lendemain matin, les parents de son défunt mari venaient ramasser religieusement les quelques os à demi calcinés qui restaient d'ordinaire après la crémation, et les mettaient dans un petit sachet ad hoc qu’ils passaient ensuite à la veuve. Désormais celle-ci avait à les porter à dos jusqu’au jour de sa délivrance de l'esclavage auquel elle était soumise en raison même de son veuvage. D'où le nom de Porteurs donné à ces Peaux-Rouges.

Ce jour-là, ses cheveux étaient coupés ras par les parents de celui dont elle avait à porter journellement les restes et que dès lors on devait bien se garder de nommer (1). Sa figure était barbouillée de résine, elle avait à se revêtir de haïllons aussi sordides que possible, et ses gardiens (c’est le nom donné à ses nouveaux maîtres) prenaient à cœur de lui rendre la vie aussi malheureuse qu’il était en leur pouvoir. Elle devenait le factotum du ménage ; malade ou bien portante, il lui fallait travailler pour tous sans jamais laisser échapper une plainte et sans pouvoir réclamer la moindre rémunération. Dans les cérémonies publiques, telles que les danses et les festins d’apparat, sa place était à la porte dela loge, au milieu des chiens qu'elle était chargée de tenir à distance.

On voit par là quel don précieux a été pour la femme la

(1) Mème aujourd'hui, aucun sauvage ne voudra jamais nommer un mort ; ils diront plutôt le père d'un tel, la mère, la sœur ou le frè-. d’un tel. Cette fausse pruderie se remarque aussi relativement aux

gens mariés qui ne diront jamais: ma femme ou mon mari, mais « celui-là », ou bien « le père (ou la mère) de cet enfant ».

u’on renles flamvie, toute

| un petit | elle avait gémisse-

t mari vedemi calion, et les passaient s porter à ge auquel ze. D'où le

les parents les restes mmer (1).

se revêlir es gardiens prenaient à qu'il était 1 ménage ; pour tous s pouvoir érémonies pparat, sa ens qu'elle

à femme la

nommer un r ou le frère ivement aux

mari, mais »,

Page 1