CHAPITRE PREMIER
quatcrze ans), on peut regarder comme leurs lerres de chasse et de pêche les immenses forêts ou plateaux-prairies qui s'étendent entre le 51° degré et le 52° 30° de latilude nord. A l’est et à l’ouest, leur pays est bordé respectivement par le Fraser et la chaîne des monts Cascades.
C'est dans cette immense étendue de terres que se meut la poignée de sauvages qu'on appelle Tsilkohtines. Assez nombreux autrefois, mais décimés par des guerres continuelles avec des tribus étrangères et surtout par la petite vérole à l'arrivée des blancs, les Tsilkohtines proprement dits ne sont guère aujourd'hui au delà de cinq cents. Ils sont divisés en quatre ou cinq bandes ayant chacune à sa tête un chef dont l'autorité est plus ou moins effective.
Si à ces bandes on ajoute deux autres camps ou villages situés près du 53° degré et dont la population est composée en majeure partie de Porteurs, autre tribu apparentée avec laquelle nous ferons connaissance plus tard, on aura une idée assez exacte de l'étendue de la première pa-
roisse qui me fut assignée par la confiance de mes supérieurs.
Par impossibilité de suffire à tout, mes prédécesseurs à la mission du lac William qui comprend dans son pourtour le territoire des Tsilkohtines et pays circonvoisins n'avaient encore pu s'occuper spécialement de ces sauvages. Aussi, tandis que presque partout où le prêtre à pénétré, à peu près tout le monde est chrétien et passablement instruit,il n’y avait encore de baptisés,chez les Tsilkohtines, que ceux qui l'avaient été dans leur enfance ou à l’article de la mort,et leur ignorance des vérités de la foi était telle qu'elle justifiait pleinement ce que m'écrivait Mgr d'Herbomez en me les confiant: « Vous trouverez beaucoup à défricher. »
ën outre, ces Peaux-Rouges ont toujours joui el jouissent encore parmi les sauvages et les biancs d’un nom assez peu enviable, et il faut avouer que leurs précédents
sont loin d’être édifiants. Je ne voudrais pas médire de mes anciennes ouaiiles, mais puisque j'ai entrepris d’en parler, je dois la vérité au lecteur : je la dirai tout entière.
Nombreux sont ceux qui parmi eux ont versé le sang de leurs semblables. Je ne puis entrer dans des détails personnels ; qu’il me suffise de dire que leur grand chef Anarèm peut se glorifier — ou s’accuser — d'avoir directement ou indirectement causé la mort de trois Tsilkohtines.
Les Porteurs se souviennent encore d’un de leurs villages dont les habitants furent presque tous massacrés en une nuit par les Tsilkohtines.
En 1863, alors que les mines d’or du Caribou attiraient tant d'étrangers dans la colonie, un parti de blancs ouvrait un {rai ou sentier entre la mer (Bute-Inlet) et le Fort Alexandre. Les Tsilkohtines, pensant que ces blancs venaient s’emparer de leur pays (d’aucuns disent pour se venger des libertés qu'ils se permettaient avec leurs fem- . mes), fondirent st : eux et, de vingt-quatre hommes dont se composait la bande, ils en massacrèrent vingt et un. Le gouvernement de la colonie fut obligé d'organiser contre les meurtriers une expédition militaire très dispendieuse et, après de longues recherches et du seng répandu des deux côtés, il parvint à s'emparer des principaux instigateurs du massacre et les livra à la justice qui les fit pendre dans leur propre pays pour servir d'exemple.
Il y a une douzaine d'années, un Irlandais qui s'était élabli dans leur voisinage dut céder à leurs menaces de mort et abandonner le fruit de ses sueurs pour venir se fixer là où il est aujourd’hui, dans une éclaircie de la forêt défrichée autrefois par le gouverneur actuel de la Colombie Britannique. Ce colon n'avait que trop de raisons de déguerpir au plus vite : il pouvait se rappeler le sort d'autres
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