‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 32 sur 178 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

enivrantes et les mœurs déréglées des engagés de la Compagnie’et autres ont presque anéanti la population aborigène de ces deux postes. Le Fort Alexandre ne compte aujourd’hui qu'une poignée de sauvages Porteurs, tandis que des centaines qui peuplaient autrefois les environs de Quesnelle, c’est à peine si 70 à 80 sont restés.

Lors de ma première visite chez eux, les Porteurs du Fort Alexandre se trouvaient campés tout près d’un des deux blancs de la place, et naturellement je dus dresser ma tente auprès d'eux.

Ces deux représentants de notre race sont la pierre d’achoppement.des pauvres enfants des bois. Tous deux dé- . bitent de « l’eau des blancs » (eau-de-vie), et, comme ils sont les seuls blancs de la place, il est évident que, malgré les lois prohibitives de la province, ils comptent sur une clientèle indigène pour vivre. Ils le nient, naturellement ; l’un d'eux est même décoré dutitre de Justice of the Peace ou juge de paix, et comme tel chargé de veiller à l’exécution de la loi. Mais, auri sacra faines ! que ne feraient pas certaines gens pour gagner leur misérable pitance ! Il est de notoriété publique que non seulement il connive aux contraventions qu’il a le devoir de punir, mais que luimême vend de la boisson aux sauvages.

Nous étions donc campés dans le voisinage de l’un de ces deux blancs. Les Indiens m’écoutaient avec attention et me traitaient de leur mieux, lorsque une détonation d'arme à feu vint un soir troubler notre repos. Une heure après, nous apprenions que, dans un moment d'ivresse, le marchand de boisson avait tiré un coup de fusil sur l’ua de mes gens et l'avait blessé à la tête. Cet incident fournit naturellement matière à réflexion, et m'’inspira à moi le sujet d’un sermon plein d'actualité.

Les Porteurs du Fort Alexandre vivent sur la rive gauche du Fraser. Un certain nombredeTsilkohtines se sont établis sur la rive droite à un mille ou deux du fleuve. Ma seconde visite fut pour eux, et les résultats de mes prédications chez eux furent assez satisfaisants.

De là, j'eus à me rendre à Quesnelle. Je le fis, non par le grand chemin qui longe le Fraser sur sa rive gauche, mais par un sentier qui, outre qu’il abrégeait la distance, m'’évitait la peine de traverser à nouveau le Fraser. Un Tsilkohtine devait m’accompagner ; mais comme il ne pouvait trouver son cheval à temps, je résolus de prendre les devants.

Tout alla bien pendant les sept ou huit premiers milles. Le sentier devint alors si peu frayé que j’eus toutes les peines du monde à le suivre. Le plus sûr évidemment était d'attendre mon sauvage. Les heures succèdèrent aux heures sans qu'il parût. Impatienté, j’eus la témérité de continuer quand même, pensantque, voyant le soleil baisser à l'horizon, il ne manquerait pas de se presser.

— Un sauvage à cheval, c’est le vent, c’est la foudre, me disais-je ; mon Tsilkohtine ne peut tarder à me rejoindre. |

C'était imprudence de ma part; j'eus à en pâtir.

Le sentier devint bientôt si peu visible que je me perdis dans la forêt. Que le bon Dieu me le pardonne ! j'en attribuai toute la faute à mon cheval qui, voulant faire le voyage

de compagnie, n’avançait qu’à regret et ne semblait tenir aucun compte des traces de chevaux qui servaient de sentier. Aussi le traitai-je sans miséricorde, et le pressai à travers les fourrés et par dessus les troncs d'arbres tombés par terre, espérant par là retrouver vite le chemin perdu. Naturellement cela ne servit qu’à m’en éloigner davantage.

Cependant la nuit avançait et les étoiles brillaient déjà au firmament sans l’éclairer suffisamment pour m'être d'aucun secours. Que faire maintenant ? Inutile de penser à

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