‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 34 sur 178 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

du rapide et l’on s’en sert pour rattraper l’autre qu'on a lancé à l’eau. Nos canots de voyage étant de bois et non d’'écorce comme à l’est des montagnes, on ne fait le portage qu'à la dernière extrémité. Les seuls canots d’écorce en usage ici sont ceux que fabriquent provisoirement les chasseurs allant et venant dans leur pays de chasse.

La population de Black-Water est peu nombreuse, mais lors de ma visite, elle était composée d'assez bons chrétiens. Plusieurs manquaient au rendez-vous ; une bande se trouvait à une dizaine de milles dans l’intérieur assistant une jeune fille qui se mourait. Je dus aller l'administrer. Naturellement ses parents et amis profilèrent de ma présence pour se réconcilier avec Dieu, car presque tous les Porteurs sont baptisés.

Le retour à Quesnelle fut aussi prompt et agréable que la première partie de notre voyage avait été lente et pénible. Nous descendions rapidement emportés par les flots qui nous avaient fait tant d'opposition en montant, lorsque l’un de mes rameurs nous fit signe de garder le plus profond silence en désignant un point noir sur la grève à un quart de mille en aval. Ses yeux d’Argus avaient deviné un ours.

Immédiatement les avirons sont remis sans bruit dans le canot ; car si Martin n'a pas très bon œil, il a en revanche l'oreille excessivement fine.

Un instant et l'animal s'enfonce dans les fourrés du rivage. |

— Il nous a entendus, dit Michel ; c'est pourtant dommage, nous aurions bien besoin de sa chair.

— Mais non, le voilà qui revient, murmure son compagnon.

Effectivement l'ours apparaît de nouveau, et même se met à l’eau pour traverser le fleuve. Le visage de mes gens s'épanouit ; c'est l’araignée qui se sent sûre de sa proie.

Nous laissons le fauve s’avancer jusqu’au milieu, puis faisons force de rames pour l’atteindre. Il s'aperçoit alors

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du danger, mais il est trop tard : presqu’à bout portant, Michel lui envoie la charge de son fusil.

Un flot de sang se mêle aux eaux jaunâtres du fleuve et nous avertit que le coup a porté. En même temps,le courant a descendu notre embarcation jusqu’auprès du monstre qui se trouve bientôt à moins d’un pied de moi.

— Uichät! Hichût! auet thèntillel ! Prends-le ! Prendsle ! Il va enfoncer, me crie Michel.

Je ne m'étais jamais trouvé auprès d’un ours de cette taille, et j'avoue que j'hésitai quelque peu à m'en saisir. Pourtant, pour ne pas le laisser couler à fond, je lui portai la main pour le prendre. En un clin d'œil l'animal avait la tête levée et, au dire des sauvages, il ne s’en fallut que d’un doigt qu’il ne me happât la main. Il n’était que légèrement blessé au cou.

— S'il L'eût attrapé, nous étions tous perdus, me crient en chœur mes deux compagnons. Dans l’état de colère où il est, il ne l’eût pas lâché pour si peu et nous aurait fait tous chavirer.

Pendant que Michel recharge son arme, l’autre rameur cherche à assommer l'ours de son aviron. Peine perdue, l’animal le met en pièces ; puis, s'en prenant à notre canot, il enfonce ses terribles dents en travers du zinc qui en solidifie la proue. Il ne faut pas moins de quatre coups de feu pour avoir raison de sa résistance.

Encore une fois de plus je constatai qu'il y avait une Providence spéciale pour le missionnaire.

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