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CHAPITRE IV

SoumamE. — Les Porteurs. — Leur territoire. — Peureux.— Leur costume, — Nourriture. — Chasse, — Organisation sociale, — Clans. — Mariage. —- Condition de la femme mariée. — Soin des enfants. — Observances superstitieuses du chasseur, du trappeur. -- La séquestration des femmes nubiles, — Système religieux, — Les sorciers.

- Les aventures des deux cousins.

Voir Napleset mourir ! a-t-on dit.

Vivre au lac Sluartet mourir ! me disais-je depuis cinq ans que j'étais en Colombie Britannique.

Si le missionnaire doit se trouver biez partout où l’obéissance le veut, iln’en est pas moins vrai que lecœur peut, sans prévariquer, avoir ses préférences. Aussi, bien que je me fusse attaché d’une affection sincère aux enfants que le bon Diea m'avait donnés, malgré les défauts d’un grand nombre, j'avoue que je ne pleurai pas quand, le 19 août 1885, Mgr d'Herbomez crut bon de m'envoyer au lac Stuart.

Celle mission m'a toujours paru une mission idéale ; sous lous les rapports, au matériel comme au spirituel, elle semble faite pour plaire. Là, point de blancs dépravés pour entraver l'action du missionnaire et scandaliser ses ouailles ; point de sots orgueilleux qui se croient civilisés parce qu'ils boivent sans vergogne et baragouinent quelques mots d'anglais. Presque partout vous trouvez une populalion amie, avide de la parole de Dieu et à laquelle vous ne pouvez manquer de vous attacher malgré les imperfections qu'elle a reçues en héritage de notre commun père.

Ce n’est pourtant pas à dire qu’au lac Sfuart le prêtre n'ait rien à faire qu’approuver et admirer. Assez souvent il lui faut reprendre, pousser, exhorter, activer et retenir au besoin; mais ses avis sont généralement reçus comme des ordres du ciel, et, s’il est vrai que le Porteur soit faible, il est bien rare qu'il regimbe ouvertement.

Son principal défaut est même,h mon avis,ce manque de fermeté qui lui rend la persévérance très difficile et sou-

“vent même impossible. Si, à sa docilité naturelle, il joi-

gnail un tempérament plus rassis et une constance plus marquée, la tâche du prêtre serait immensément simpliliée. Mais la perfection n’est pas de çe monde ; si elle se trouvait au lac Stuartle missionnaire n'aurait guère d’occasions de mériter pour le ciel. Et, du reste, #on est opus valentibus medicus, sed male habentibus (1), le médecin est pour les malades, non pour les gens bien portants.

Un mot maintenant sur la topographie du district où je venais d'être envoyé ; après quoi nous pourrons donner

sur les mœurs et coutumes des Porteurs non chrétiens

quelques détails qui aideront le lecteur à comprendre ce que nous avons dû retrancher ou réformer pour en faire ce qu'ils sont aujourd’hui, des chrétiens pratiquants cl attachés à leur foi.

Le district de missions du lac Stuart confine au sud à celui dela Mission du lac William, c'est-à-dire qu’il s’étend depuis le 52°30° jusqu’au 60° degré de latitude nord. De l’est à l’ouest, il va de la cime des Montagnes Rocheuses à celle des monts Cascades. Le territoire ainsi délimité est au moins aussi vaste que la France. Mais il n’est que juste de remarquer que l'extrême nord, c’est-à-dire la région au delà du 57°, n’a pas encore été visitée.

(1) Matth. IX.

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