‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 37 sur 178 · CHAPITRE 1V · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1V

Les Porteurs sont généralement de taille élancée, en quoi ils diffèrent des tribus avoisinantes ; ils ont de grands yeux noirs, le menton plus prononcé et le front moins fuyant que la généralité des Peaux-Rouges.

Plus doux et plus religieux que les Tsilkohtines, ils sont aussi moins braves.

De fait, on pourrait presque dire que la lâcheté est un de leurs traits caractéristiques. Bien qu'ils constituent la plus fière et la plus progressive des tribus dénées de l'ouest, il ne se passe presque pas d'été que quelque parti n'accoure au village éperdu et tremblant, e! pourquoi ? Ils ont vu, disent-ils, ou simplement entendu des hommes des bois évidemment animés d’intentions hostiles et ils s’estiment fortunés d’avoir pu échapper sains et saufs. Làdessus grande frayeur dans les loges, tumulte indescriptible dans le camp. Vous avez beau faire pour les rassurer, essayant du ridicule quand les bonnes paroles ne suffisent pas, vous en êtes pour vos peines ; la peur est plus forte que vos remontrances. Chacun est charitablement averti par les prétendu: « voyants » de ne pas s’aventurer seul dans la forêt et, aprèsle coucher du soleil, toutes les portes sont soigneusement fermées à clef.

La peur est aveugle et, en certain cas, elle prive, pour ainsi dire, de la raison. J'étais occupé un soir à quelque travail de cabinet, et la nuit était déjà avancée quand deux femmes entrèrent éperdues et m’assurèrent qu’un nommé Hol, un Babine qui venait de perdre par accident un neveu auquel il tenait beaucoup, errait un peu en arrière du village et voulait venger sur elles la mort de l’enfant.

— Impossible ! leur dis-je ; Hol est en ce moment à 160 milles d'ici.

— Îlest dans le village, firent-elles en chœur ; il est là,

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nous l'avons entendu... une telle l’a vu, et il a manqué d’enfoncer la porte d’une autre.

Allez donc raisonner avec la peur ! Pour me débarrasser des deux femmes qui n’osaient retourner chez elles (leurs maris étaient absents), je sortis et leur demandai où le prétendu assassin avait été vu ou entendu.

— Là haut, à une faible distance, me dirent-elles.

— Venez avec moi, et convainquez-vous que vous vous êtes trompées, leur dis-je.

Un petit groupe s'était formé autour de nous. Nous cherchâmes partout, sans rien trouver.

— Maintenant j'espère que vous ne viendrez plus me déranger avec vos contss, leur dis-je. |

— Mais il est là !.. Il est certainemert là, firent les assistants.

Puis l’une d’eiles, nous tournant le dos, se mit à haranguer de toutes ses forces le visiteur imaginaire qui se trouvait alors à plus de 50 lieues de là.

— Nous faisons pitié ; pourquoi veux-tu nous faire du mal ? Nous ne t’avons jamais rien fait. Ne te caches pas ; viens plutôt ici ; dis-nous ce que tu désires et nous te le donnerons, disait-elle d’un ton suppliant.

Dégoûté, je revins à la maison et les laissai faire des discours à l’air.

Des femmes, dira-t-on ? Oui, des femmes ; mais leurs maris en auraient fait autant.

Le costume actuel des Porteurs ressemble à celui des employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Il faut y ajouter, en hiver, une paire de mitasses, espèces de longues guêtres qui montent jusqu’au-dessus du genou et sont retenues à la ceinture par deux cordons. Même aujourd’hui, hommes et femmes portent ces mitasses. Il va sans dire que le mocassin est la chaussure ordinaire.

Dans la saison froide, ou même en été s’ils sont occupés à quelque travail manuel, les Porteurs des deux sexes se

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