CHAPITRE IV
servent d’une paire de mitaines en peau de caribou qui sont rattachées ensemble à l’aide d’un cordon de laine passant derrière le cou et retombant sur la poitrine, en sorte que les milaines peuvent être momentanément abandonnées sans danger de tomber ou de se perdre.
La nourriture habituelle de ces sauvages consiste dans le saumon sec et tout autre poisson pris au rêts et la viande ue castor, d'ours, de caribou ou d’orignal ainsi que d’autres animaux de moindre importance économique. À ce menu il
Pass
Fig. 11. — Costume actuel des Porteurs.
faut ajouter les fruits sauvages, surtout ceux de l’amélanchier (A. alnifolia), dontils recueillent annuellement d’immenses quantités qu’ils font bouillir dans des chaudrons d’écorce de sapin au moyende pierres chauffées jetées dessus. Le marc en est alors disposé en minces couches sur des claies couvertes de feuilles de berce (Heracleum lanalum), puis exposé au soleil. En arrosant fréquemment ce marc du jus qu’on en a extrait, on obtient de larges gâteaux qui se conservent assez longtemps.
Unautrearticle dediète assez importantaux yeux des Porteurs est la racine bulbeuse d’une espèce de fougère qu'ils font cuire à l’étuvée dans un trou creusé en terre. En cas
de nécessité ou pour faire diversion à son menu quotidien, le sauvage se nourrit aussi d’un grand nombre d’autres bulbes, feuilles ou racines qu’il serait trop long d'énumérer.
La chasse se fait ou bien à courre, ou, plus souvent, au moyen de trappes et de collets d'invention indigène. Ici il nous faut remarquer que jamais un chasseur ne s’appropriera un animal qu'il vient de tuer, si cet animal a tant soit peu de valeur économique comme c’est le cas pour les origaaux et les cariboux. Il pourra manquer lui-même du nécessaire, mais il le donnera invariablement à ses compagnons, ou bien, s’il n’en a point, il ie mettra en cache, hors de l'atteinte des loups et du carcajou et, de retour au village, il dira à l'homme de son choix, par exemple :
— Dans tel endroit de la forêt, je l’ai tué un caribou ; va le chercher.
En agir autrement serait provoquer les rires et les commentaires moqueurs de ses semblables.
Les Porteurs etles Babines ont une organisation sociale tout à fait différente de celle de leurs congénères de l’est. Tout d’abord il est bon de remarquer qu'ils sont semi-sédentaires, c’est-à-dire qu’ils vivent une partie de l’année dans des villages, généralement surles bords de quelque lac ou rivière, passant l’autre moitié à la chasse ou à la pêche.
L'autorité dans le village était autrefois représentée par l'ordre des {ænezas, ou notables, que l’on peut comparer à la noblesse des nations européennes. Le rang de ces « nobles » américains était strictement héréditaire, et du vivant même de leur père, les enfants la partageaient, recevant le nom de æslezsas. Toutefois le seul héritier possible était l'aîné des neveux maternels. Ce neveu manquant, l'héri-
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