CHAPITRE IV
tage passait à un frère du notable ou même à l’une des nièces qu’il aurait eue par une sœur.
Les notables possédaient seuls les terres de chasse de la pation, et c'était aussi à eux que revenait le soin de traiter les affaires publiques. À eux le privilège du nom héréditaire auquel se rattachait un chant que les générations transmettaient aux généralions ; à eux l'honneur du premier pas dans les danses au chant de cet hymne traditionnel ; à eux les insignes de noblesse, la perruque ornée de coquillages et le tablier décoré de franges sonores ; à eux, les premières places dans les festins de cérémonie ; à eux enfin le droit de conclure la paix ou d’entonner le chant de guerre, de calmer les disputes et de représenter dans tous les cas l’autorité dans le village. |
Il existait — ou plutôtilexisle, car cette institution «ure encore — il existe à la fois plusieurs notables dans le même village, et ils sont tous sur le même pied. Parfois, sans doute, il arrive que l’un d’entre eux possède une autorité plus considérable, ordinairement à cause de sa libéralité, car le sauvage se prend surtout par le ventre, mais ce notable est plus prior inter pares que l’égrl des chefs actuels donnés à chaque village depuis l’arrivée des blancs.
Intlimement unie à celle des tœnezas est la question des clans qui partagent Porteurs et Babines en autant de groupes très distincts. Ces clans, au nombre de cinq dans nos tribus, établissent entre les membres quiles composent une sorte d'alliance ou de parenté très étroite à laquelle la plupart de nos sauvages ont très fortement tenu jusqu'ici. Chaque clan possède ses totems ou enseignes : crapaud, coq de bruyère, corbeau, castor, etc. L'image de cet animal recevait jadis des marques de spéciale considération.
Un même clan n’est pas renfermé dans un seul village, el l’on rencontre de ses membres disséminés à travers des régions fort distantes les unes desautres. Quelqueéloignées
d’ailleurs que soient les habitations, l’alliance subsiste toujours intacte.
De temps immémorial, une loi fondamentale dans la constitulion sociale de ces peuples prohibe les mariages entre personnes du mêmeclan.Je puis même affirmer qu’on préférait autrefois s’unir à un consanguin, à moins que ce ne füt à un degré trop proche. Quant à l’affinité, nos Indiens n’en connaissaient ni le nom ni la chose. Légitimement ou illégitimement contractée, cette alliance, loin
d’être un obstacle au mariage, était au contraire un puis-.
sant motif d'union. C'était parfois comme chez les Juifs ; à la mort d’un homme marié, son frère se faisait un devoir d’épouser sa veuve.
La polygamie était un honneur dans tout le district ; plus le rang du mari était élevé, plus ses femmes étaient nombreuses. Le père du chef actuel de notre village ne possédait pas moins de six femmes à la fois. L'une d’entre elles cependant — et non pas nécessairement la première par ordre de cohabitation — gardait toujours une sorte de supériorité sur les autres qui l’appelaient leur sœur aînée.
Il serait superflu d'observer que d'ordinaire, chez nos Porteurs et Babines, la femme était rarement mieux traitée après son mariage qu’à la maison paternelle. C’est un fait connu que, chez les peuples infidèles d'aujourd'hui comme au milieu des nations païennes d'autrefois, la femme a toujours été et reste toujours à peu près l’esclave de son seigneur et maître, je veux dire son mari. Jeune fille, elle devait sans doute rendre à sa mère certains services domestiques; alors, du moins, on prenait soin d’elle; elle était bien vêlue pour valoir davantage une fois l’âge nubile atteint. Maintenant que sa destinée est à jamais scellée, elle devient le factotum du ménage; sur ses épaules retombent toutes les rudes besognes.
Et pourtant, surchargée comme elle est, la vie à l’intérieur desanouvelle cabane peut encore lui sembler un temps
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