‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 41 sur 178 · CHAPITRE 1V 7i · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1V 7i

Je revenais, en automne, d’un longvoyage entrepris dans le but de baptiser un mourant, quand nous rencontrâmes le vieux Toutha, Pierrot de son nom de baptême. Comme je lui demandais des nouvelles de sa chasse :

— Oh!ne m'en parle pas, me dit-il, il y a des castors en abondance. J'en ai même pris un de suite après mon arrivée ici; mais un chien a eu le malheur d'y toucher. Tu comprends bien qu'après cela il m'a été impossible d’en prendre un second.

— Bah ! lui dis-je, tends tes pièges comme si rien n'était arrivé et lu verras.

— Inutile, répondit-il d’un ton désolé, inutile. Tu ne connais point les habitudes du castor. Il suffit qu'un chien touche à un castor pour que tous ses pareils se fâchent contre le propriétaire du chien, et se tiennent toujours à distance de ses pièges.

J'eus beau rire et raisonner ; mon Pierrot soutint que, bien que je ne fusse pas menteur, étant prêtre, je ne connaissais point l'humeur du castor et par conséquent mes remarques n'avaient aucune valeur. Il était si sincère dans ses convictions qu’il abandonna aussitôt ses pièges et sa chasse au castor, alléguant que celui-ci était fâché contre lui. | |

D'autres superstitions se rapportent à la chasse. Ainsi, pour ne citer qu’une des plus importantes, un chasseur devait, avant d’aller tendre ses pièges ou ses collels, se séparer « (horo de sa femme pendant un assez long espace de temps. Il couchait alors au foyer, ayant soin de se presser sur le cou une petite pièce de bois qui, naturellement, ne pouvait manquer, pensait-il, de faire tomber le levier de ses trappes sur le cou de l’animal convoité.

Si cet animal était l'ours, il existait, disait-on, un moyen presque infaillible de le charmer. Le trappeur mâchait la racine d’une espèce de berce dont cet animal est très friand, puis en lançait le pâté en l'air en s’écriant :

— Nyûüshkuh ! puissé-je te prendre au piège !

Mais les plus importantes des pratiques superstitieuses communes aux Porteurs et aux Babines sont celles qui ont trait aux femmes.

Chez ces tribus, dès qu’une jeune fille arrivait à la première époque critique de sa vie, son père se croyait tenu à une petite distribution de vêtements ou de provisions de bouche. La jeune fille se séparait alors de la société, abandonnait même ses parents et äemeurait seule dans une hutte de branchage, loin des sentiers battus et du regard des passants. Elle allait et venait, revêtue d’une sorte de coiffure servant à la fois de voile, de chapeau et de manteau. C'était une peau tannée formant par devant une longue frange qui voilait la face et la poitrine ; sur la tête elle devenait un bonnet garni par derrière d’une large bande ou mantelet qui tombait jusqu'aux talons.

Fig. 13, — Corbeille à fruits,

Pendant sa réclusion la jeune fille devait charger d’anneaux de nerfs ses mains, aux doigts et aux poignets, ses jambes, au-dessus de la cheville et au-dessous du genou. Ces anneaux la protégeaient contre les influences pernicleuses dont on la croyait possédée. À la ceinture, elle portait deux instruments en os appelés, l'un /sænkuz, l'autre tsiliset, Le premier était un os de cygne creusé en forme

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