CHAPITRE IV
de chalumeau au moyen duquel elle buvait ; boire au vase d’écorce de bouleau comme les autrcs membres de la famille lui aurait, disait-on, donné des maux de gorge incurables. Le second, en forme de fourchette à deux branches, lui servait pour se gratter la tête, car le contact immédiat de la tête et des doigts était supposé non moins contraire à sa santé.
La jeune fille devait alors observer jeûne et abstinence. La seule nourriture qui lui fût permise était le poissonsec, cuit dans an petit vase d’écorce que personne autre ne devail toucher. Sa condilion était réputée si terrible qu’elle ne pouvait même pas traverser les sentiers publics ni la
Fig. 14, — Peigne cérémonial.
piste des animaux, de peur qu’elle ne contaminât par sa présence le gibier ou les personnes qui auraient passé par ces sentiers. Pour les mêmes raisons, la séquestrée ne pouvait marcher dans l’eau des rivières ou des lacs de peur qu'elle ne fit mourir les poissons.
Celle sorte de quarantaine ne durait pas moins de trois à qualre ans.
Ces coutumes étaient si profondément enracinées chez nos sauvages qu'une persévérance opiniâtre de la part du missionnaire à seule pu en venir à bout. Maintes fois ai-je moi-même été obligé d’arracher leur #œnkuz à des jeunes lilles Babines et les ai-je contraintes de quitter la cahute de branchage ou d’écorce de sapin où elles s'étaient réfuaiées, pour les faire retourner au toit paternel. Nous avons
pleinement réussi chez les Porteurs; mais les Babines sont plus entêtés.
Si l’on excepte une danse en usage lors d’une éclipse, aucune des tribus dénées de l’ouest n’observait autrefois de cérémonie religieuse. Elles n'avaient point de sacrifice, ne rendaient hommage à aucune divinité, ne pratiquaient aucun culte, à moins qu'on ne veuille décorer de ce nom le chamanisme des races asiatiques septentrionales, lequel prévalait chez nos Indiens.
Il'est vrai qu'ils croyaient vaguement à l’existence d’une divinité impersonnelle et indéterminée ; ce n'était point du panthéisme proprement dit : c'était encore moins du théisme personnel. Leur dieu se confondait à peu près avec les forces sidérales ; c'était la cause de la pluie, de la neige et autres phénomènes célestes.
— Yuttore nyäzillsai, Yuttære t’'entends, disaient-ils à leurs enfants légers pour les rappeler au devoir.
Ce Yuttære « ce qui est en haut » était leur divinité.
Toutefois on ne lui rendait aucun honneur, on la craignait plutôt ; on essayait de l’apaiser, elle et les esprits à son service, par les incantalions du ni/gæn ou sorcier. On attribuait à celui-ci le pouvoir de connaître l’arrivée ou le départ des mauvais esprits. [était capable, assurait-on, de tuer par un seul acte de sa volonté toute personne qui lui aurait porté ombrage. On invoquait son secours dans les temps de calamité, pour prévenir les tempêtes, obtenir un vent favorable, hâter l’arrivée du saumon et le faire venir en quantité, mais surtout pour guérir les maladies que l'on croyait des êtres concrets, à peu près comme les microbes des chimistes modernes, et que l’on attribuait toujours à la présence ou à la méchanceté des esprits.
Bref, le nilqæœn était une espèce de médecin universel doublé d’un prêtre du diable. Aussi verrons-nous plus
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