CHAPITRE IV
Join qu’il n’a lâché prise que quand tous les sauvages ou à peu près l'ont eu abandonné.
Quant aux idées psychologiques de nos Indiens, elles élaient aussi toutes particulières. [ls croyaient qu’une âme donnait la vie au corps; mais cette âme n'était poureux que la chaleur naturelle (nezæl) et, comme telle, mourait avec le corps. Mais, en outre, ils attribuaient à chaque être humain un second « moi », une ombre (netsen) invisible dans la bonne santé, mais qu'on voyait rôder çèet ià sous une forme ou sous une autre lorsque la maladie ou la mort devenaient imminentes.
Pour prévenir l’une et l’autre, lous les efforts tendaient donc à rattraper l'ombre errante. Pour cela, le soir venu, n suspendait les mocassins du malade après les avoir préalablement garnis de duvet. Le lendemain matin, si la chaleur avait pénétré les plumes, on chaussait l'infirme de ses mocassins que l'on supposail contenir son ombre.
Lorsque le malade élait sans connaissance, on assurait que son ombre s'en était allée dans la région des ombres ou des esprits, Ainsi en était-il après la mort, mais, dans ce cas, la netsen changeait de nom et devenait nezw/. C'était la forme impalpable de l’ombre antérieure.
Ainsi donc ces peuplades admettaient l’immortalité de : l'âme,encorequ’ils la conçussentd’une manière imparfaite. Celle croyance au second « moi », à l'ombre de l’homme, estencore vivace chez beaucoup de nos sauvages.
Qu'élait-ce que la région où les esprits se réunissaient après la mort? Là dessus les notions de nos Dénés étaient vagues et contradictoires. Tous, cependant, paraissaient s'accorder à dire que la condition de ces ombres était fort misérable, puisqu'elles devaient se nourrir de crapauds desséchés, animaux regardés par nos Indiens comme les plus inmondes de tous les êtres créés. Hormis ce point particulier, ils ne semblaient pas avoir connu ou imaginé grand’ chose sur ces pays d’outre-tombe.
Le mythe suivant pourra peut-êtreexpliquer quelque peu la croyance des Porteurs à ce sujet.
« Il y a de cela bien longtemps, deux jeunes gens s'étaient perdus dans les bois, et erraient à l'aventure. Or, ils tombèrent tout à coup sur un tronc d'arbre gisant à terre et entièrement creusé par l’âge. Curieux de voir où aboutissait l'ouverture de l’arbre, les jeunes égarés se glissèrent dans le tronc.
« Sur leurs genoux et sur leurs mains, ils s’avancèrent pendant quelque temps le long d’un couduit souterrain. C'était obscur, la marche était pénible. Ils arrivèrent enfin dans un lieu rempli de serpents, de crapauds et de lézards. Ils faillirent mourir de frayeur. Ils voulurent revenir enarrière ; c'était impossible. Alors ranimant leur courage, ils se mirent à courir, à courir. Puis la route s’élargit et les ténèbres se dissipèrent.
«Is se trouvèrent au sommet d’une colline dominant une rivière. Et de l’autre côté de la rivière s'élevait un village | composé d’une multitude de loges en planches. Il y en avait de noires, il y en avait de rouges.
« C’est là que demeurent les ombres. Elles étaient alors $ à se divertir sur la pelouse. Jamais on ne pourra dire leur nombre; elles faisaient un tapage assourdissant causé par 5 l'intérêt qu’elles semblaient prendre à leurs jeux. | L
« À la vue des ombres, un des jeunes gens s'enfuit vers un buisson et s’y cacha. Son cousin — car ils étaient cousins — remarquant sur l’autre rive des canots noirs et des canols rouges, se mit à héler pour qu'on vint le prendre. Mais si grand étaitle tumulte qu on nel’eutendit pas. Lassé, après beaucoup d'efforts inutiles, le jeune homme vint à bâiller par mégarde. Une ombre, entendant le mouvement de sa bouche (1), en avertit ses sœurs, puis vint le chercher.
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