CHAPITRE IV
«Le jeune homme voulut entrer dans leur noir canot, mais son pied touchait à peine l'embarcation que celle-ci cédait sous le poids, comme si elle eût été élastique. Ce que voyant, les ombres s'approchèrent pour le flairer.
— « I ne sent pas la fumée, se dirent-elles.
«Elles apprirent ainsi qu'il n'avait point été brûlé. Alors, saisissant fiévreusement le malheureux dans leurs bras décharnés, les ombres courroucées le lancèrent en l'air, ie lancerent encore comme on ferait d’une balle, jusqu’à ce qu'il ne restât plus de son ancien « moi » que la peau seule. Puis elles le jetèrent dans la rivière où un gros poisson le dévora.
«Son cousin,soigneusement caché jusque-là, reprit alors le chemin de la terre des vivants. Cette fois il ne craignit plus ni serpents, ni crapauds, ni lézards, car son séjour dans la région des ombres avait fait de lui un autre homme.
«Tandis qu'il retournait vers l'arbre creux, une voix terrible retentit tout à coup à ses oreilles :
— « Petit-fils ! petit-fils ! » disait la voix.
«Et au bout du conduit souterrain le jeune homme rencontra un géant qui l’adopta pour petit-fils.
« Après une longue série d'aventures avec son nouveau grand-père, il finit par monter là haut, et c’est lui que l'on voit maintenant, debout dans la lune, quand les nuits sont sereines. »
Tel est le mythe Porteur, ou plutôt une partie de ce mvthe, car il serait trop long de le rapporter en entier. Le lecteur ne manquera pas d'y remarquer la croyance à ce leuve infernal du Tartare qui joue un rôle si consxdérable dans la mythologie de l’ancienne Rome et d'Atlsenes. Les aventures de nos deux jeunes Indiens dans la région des onbres rappellent aussi, quoique d'assez loin, celles de Thésée et d'Hercule, d'Orphée et d'Enée.
lement était regardé chez les Porteurs comme attirant sur la terre les mäncs des trépassés.
Les Porteurs croyaient à la métempsycose qui, pour eux, consistait en une seconde naissance méritée par une vie vertueuse. Leurs idées psychologiques leur empêchaient d'admettre des transformations en êtres d’un ordre inférieur.
Comme dans toute l'antiquité païenne, les Dénés, Porteurs et Babines, Tsilkohtines et Sékanais, attachaient une grande importance aux songes. C'était en songe qu'ils communiquaient avec le monde surnaturel ; c’était en songe que les sorciers obtenaient leur pouvoir merveilleux sur la nature ; c'était en songe que l'individu recevait son animal-génie tutélaire. Je ne jurerais pas que ces idées, sous une forme bien adoucie, sans doute, n'aient encore quelque empire sur l'esprit de nos Indieus.
Tels étaient donc les Porteurs et les Babines à l’époq: e de la première visite que leur fit,en 1868, Mgr d'Herbomez; tels, ou à peu près ils étaient encore lors de l’établissement, en 1873, de la Mission de Notre-Dame de Bonne- Espérance au lac Stuart. Deux prêtres s'étaient succédé au milieu d'eux après avoir, le premier surtout, travaillé en vrais apôtres et en pionniers de la civilisation à déraciner les idées et coutumes de leurs ouailles les plus en op-
position avec la lettre et l'esprit de l'Evangile. sa Néanmoins je ne crois point déprécier indûment les ef- ar forts de mes prédécesseurs en affirmant qu'il restait encore pe quelque chose à faire dans l'intérêt des âmes lorsque, le po 2 septembre 1885, je fis tout à coup mon apparition au est milieu d’eux. Il nous reste à voir maintenant quel est ce vol quelque chose et jusqu’à quel point il s'accomplit. un vol
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