‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 59 sur 178 · CHAPITRE VI F · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI F

soir même, nous sommes surpris par la neige qui se met à : tomber à gros flocons. Bientôt l'obscurité nous force à aborder et nous campons.

Le lendemain,nous avons encore à ramer pendant longtemps dans cette espèce de lac sans bout: mais la rivière commence bientôt une série de méandres qui ne finiront qu'aux rapidesqui précèdent son confluent avec la Noutchakoh. Ces détours nous permettent de surprendre plus d'une bande de canards ét d'oies sauvages. Puis, au fur et à mesure qu'elle s’élargit, la rivière devient de moins en moins profonde ; elle commence à s’agiter, et le bruit sourd qui sort de son sein nous averlit que nous Yoguons quelques pieds seulement au-dessus des roches qui en jonchent le lit.

Mais voici un signal. C’est le vieux Pierrot qui veut toucher la main au prêtre et récommande bien aux rameurs de veiller sur lui le longdes rapides que nous aurons maintenant à franchir. 1] leur indique les endroits dangereux et leur enseigne la manière de les éviter ou d’en sortir sans accident.

Nous courons dès lors ou par un courant qui est presque un rapide continuel, sautons sains el saufs la cascade et,après ne nous être fourvoyés que sur une ou deux roches, nous arrivons à Tchinlak, le confluent dela rivière Stuart avecla Noutchakoh. L

Habitués que nous sommes aux amples proporlions de la première, la seconde nous paraît presque moins importante, bien que nous la sachions très profonde. La tâche de mes compagnons devient maintenant plus pénible, vu qu'il nous fautremo .., le fleuve äla perche. Aussi devons- . nous camper à unc faible distance en dessus de Tchinlak.

Comme s'ils voulaient laisser à mes gens le temps de travailler, les oiseaux aquatiques deviennent de plus en plus rares. Nous avons quitté le chemin qu'ils suivent ordinairement dans leurs migrations vers le nord, je veux

dire la rivière Stuart. Aussi le troisième jour, nous ne pouvons æbattre qu’une oie et ‘quelques canards noirs (Anas obscura), espèce de gibier de qualité tout à fait inférieure : on dirait de la viande assaisonnée à la poudre à canon. J'oubliais une grue aux longues échasses que mon Yæœkaih tire vers le soir, mais dont il refuse de manger. N'ayant pas la même répugnance que lui pour cet oiseau, je prends sa place au festin.

Enfin, dans la matinée du quatrième jour, nous Uoons à Noûnla où nous laissons la Noutchakoh pour faire le portage de cinq ou six milles qui nous Heparans de notre destination.

Après midi, nous arrivons au village de Stony-Creek (Rivière pierreuse) situé à un quart de mille de là, dans la prairie qui borde la décharge d’un lac (Noultreh). Le soir même nous commençons la mission. Elle est bien suivie, quoique avec un peu moins d'ardeur que celle de Natléh donnée l'hiver précédent.

Ce village renferme aujourd’hui la population de deux camps apparentés. Il possède une église neuve, construite en bois, naturellement, mais très proprette, bien qu’elle soit intégralement l'œuvre des sauvages de la localité.

La principale raison qui a porté les Indiens à s'établir là, c’est la quantité vraimentextraordinaire d’une espèce de carpe qu’ils appellent fœ/krei-yaz et qui remonte annuellement le déversoir du lac où elles viennent frayer. Les sauvages les prennent à la puise avec à peu près autant de facilité qu'on puiserait un seau d’eau. Ce poisson paraît régulièrement à l’époque de ma visite du printemps, d’où le nom de « poisson du prêtre » qu’il porte en certains quartiers. Il est en telle abondance que maintes fois j'ai été embarrassé pour traverser la rivière, d’ailleurs peu profonde. Mon cheval, ne pouvant presque pas poser le

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