‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 61 sur 178 · MER CT NE · texte numérisé non relu

MER CT NE

mugissements lointains se font entendre : nous dure une pointe et distinguons.Jà-bas les flots blancs qui se lèvent et retombent pour se relever encore, comme si quel-

que force invisible les mettait en ébullition. On le devine

aisément : c’est un des rapides qu'on nous a annoncés.

— Comment oser le franchir sans courir le risque d’y rester ? pensez-vous.

Soyez sans inquiétude : nos gens connaissent la rivière et puis le bon Dieu veille sur vous. Il y a juste la place d'un canot, comme une trouée dans le rapide, qui vous permettra de passer sain et sauf, même sans vous mouiller si vos rameurs sont tant soit peu adroits.

Il n’en est pas toujours de même. Deux ou trois ans après ma première visite au Fort Georges, je descendais un jour

la Noutchakoh avec deux sauvages seulemént pour ra-

meurs. La rivière élait très haute et très rapide, le mois de juin étant l’époque de sa plus grande crue. Or mes sauvages ne la connaissaient presque pas. Arrivés un peu en amont du rapide, le timonier dit à l'avant :

— Lève-toi dans le-canot, et regarde bien où est la meilleure place pour passer.

Son compagnon, debout, promena un instant un regard inquiet sur le gouffre blanc, d’écume, puis, se rasseyant brusquement :

— Rame fort, dit-il, rame-de toutes tes forces et que le bon Dieu nous protège ; nous nous sommes fourvoyés.

Tous deux rivalisent d’ardeur. En un clin d'œil nous sommes jetés au milieu du tourbillon. Les vagues nous sautent à la figure, entrent dans le canot et mouillent tout ce qu'il contient.

Enfin nous abordons au plus vite. Hélas! je constate que ma chapelle, et surtout mes. papiers, sont bien endommagés ; mais nous avons la vie sauve. Si quelque vague était retombée dans le canot, c'était fini, nous enfon-

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