‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 62 sur 178 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

cions. Encore une fois, il ya une Providence spéciale pour le missionnaire.

Une autre fois, au contraire, nous fimes là une rencontre qui nous réjouit. Comme nous descendions joyeusement après avoir sauté les deux rapides, nous aperçûmes toutà coup sur la rive gauche du fleuve un joli chevreuil perché au sommet d’une morne dénudée. Or les chevreuils, qui sont très nombreux dans le territoire ‘les Tsilkohtines, sont ici fort rares. Raison de plus pour ne pas manquer : celui-ci. Immédiatement nous abordons sans bruit, et deux de mes rameurs s'en vont en sens opposé et en contournant la colline surprendre le gibier qui ne se doute derien. Un quart d'heure après, deux coups de feu retentissent ; puis silence complet.

— Ils l'ont manqué, pensai-je à part moi.

Mais non; une demi-heure plus tard ils apportaient, uon sans peine, un gros chevreuil qu’ils avaient abattu du premier coup. Le second coup élait destiné àsa compagne qui, paraît-il, en fut quitte pour la peur.

Le sauvage est très friand de viande fraîche. Il n’en a pas quand il en voudrait. Voilà donc une belle occasion de satisfaire son appétit. Mais nous étions alors au vendredi des Quatre-Temps : il fallut bien s'en priver pendant deux longs jours. Pour un sauvage, c’est là ce qui s’appelle faire pénitence.

Plus loin,nous rencontrâmes une troupe de Chinois qui cherchaient la poudre d’or mêlée au gravier qu'ils berçaient dans des boîtes trouées en l’arrosant d’eau. Nous abordämes pour leur vendre la tête de notre chevreuil, et l’un d'eux, nommé Atchou, me reconnaissant, me fit un grand salamech en s’inclinant presque jusqu’à terre. Je soupçonnai un peu de politique dans sa courtoisie : il cherchait en effet une fille en mariage, et il avait besoin du consentement du prêtre pour réaliser son dessein. Ce cas m’eût

embarrassé. Mais je savais bien qu'aucune sauvagesse n’unira jamais son sort à celui d’un Chinois.

Je reviens maintenant à mon premier voyage.

Nous arrivâmes sans encombre au Fort Georges et abor- . dâmes au milieu de toute la population sur pied pour nous recevoir. Elle manifestait par des centaines de coups de fusil la joie que lui causait ma visite. 11 nous faut distribuer des poignées de main à tout ce monde, sans même oublier les bébés au maillot ; c’est la salutation américaine et anglaise adoptée par tous les Peaux-Rouges.

Il est déjà tard; le soleil a disparu à l'horizon. Je me contente donc d'annoncer l’ordre des exercices pour le lendemain et les jours suivants.

Le Fort Georges compte 130 habitants,tous remplis de foi et de bonne volonté, mais faibles etexposés aux occasions de péché, d'où ils ne sortent malheureusement pas toujours victorieux.Ils sont à une bonne distance de Quesnelle, mais, en descendant le Fraser, un jour et demi de navigation suffit pour être à portée du whisky. C’est pénible d’avouer qu'un trop grand nombre, surtout parmi les jeunes gens, succombent à la tentation.

Néanmoins, lorsque le prêtre est là présent, ils sont tout yeux et tout oreilles pour le voir et l'écouter. La justice m’oblige aussi d’ajouter que plusieurs, surtout après une mission de ce genre, font de sérieux efforts pour ne pas retomber.

Ici,-outre.les exercices ordinaires, nous avons une classe de lecture tous les jours. Les enfants sont tous enthousiasmés de pouvoir lire et écrire leur nom ; puisils en viennent bientôt à griffonner de courtes phrases dans leur langue, ce qui rend jaloux leurs aînés. Ceux-ci veulent, eux

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