CHAPITRE VII
on le sait, ne remonle que les fleuves et rivières qui affluent dans l'Océan Pacifique. Or tous les cours d’eau qui arrosent le territoire des Sékanais ont leur débouché médiat ou immédiat à l’est des Montagnes Rocheuses. Le saumon faisant défaut et le poisson d’autres espèces étant presque aussi rare, le Sékanais doit, pour vivre, se rejeter sur la viande des fauves qu'il tue à la chasse. Cette dépendance l’oblige d’errer çà et là sur les montagnes, à travers la forêt, et généralement, là où il a le plus de chance de rencontrer l’orignal ou le caribou.
Comme diversion à la venaison, il a un aliment aussi goûté des autres Indiens dans le ’*ænnik ou couche de sève du pin nain (P. contorta). Pour l'obtenir, il enlève l'écorce de l’arbre avec une corne ou une branche de corne de caribou, puis il racle le cambium ou sève en mir .s rubans qu’il mange frais et sur place. Exposée à la chaleur, cette substance garde assez longtemps sa fraîcheur première. Bien que conservant toujours un goût de gomme prononcé,
peut-être à cause de cette saveur, on la considère comme très saine.
Fig. 17. — Racloir à sève.
Lé territoire des Sékanais s'étend à l’est et au nord de celui des Porteurs, et comprend les versants est et ouest des Montagnes Rocheuses avec les forêts adjacentes jusqu’au delà du 57° degré de latitude nord.
L'organisation sociale des Sékanais diffère en tous points de celle des Porteurs. On pourrait presque la dire nulle et remplacée par une sorte d’anarchie. Chez eux, point de notables hérédilaires avec terres de chasse en propre : les pères de famille sont les chefs naturels de bande et, dureste,
leur titre est plutôt honoraire qu'effectif. D'un autre côté, encore que des groupes de familles alliées chassent ordinairement dans les mêmes montagnes, sur les bords des mêmes rivières ou des mêmes lacs que leurs ancêtres, ils ne se regardent pourtant pas comme propriétaires exclusifs de ces terres et ne contesteront à personne le droit de chasser avéc eux ou sans eux, ou de tendre des pièges au gibier dans les mêmes endroits.
Le cas est bien différent chez les Porteurs, lesquels sont très jaloux de leurs titres et des droits ou privilèges qu'ils comportent et ne chasseront jamais sur la terre d'autrui sans s'exposer à avoir à payer cher leur audace.
Les clans sont aussi inconnus chez les Sékanais ; aussi les Porteurs ont-ils peine à regarder ceux-ci comme leurs semblables. -
Les Sékanais reçoivent de nos Porteurs lenom de L’'{a- ‘tenne ou habitants des digues de castor, ce qui donnerait à entendre, bien à tort, que la chasse au castor les occupe davantage que leurs voisins du sud-ouest. Porteurs et Sékanais poursuivent cet animal avec la même ardeur, sa fourrure étant aussi précieuse aux uns qu'aux autres. De fait, les deux tribus font au rongeur une guerre si incessante qu'il ne lardera pas à dispareître complètement.
C'est en hiver et dans les premiers jours du printemps que cette chasse se fait sur une plus grande échelle. Une fois la retraite du castor trouvée, il faut, pour en assurer la capture, découvrir la route qu’il s’est tracée sous la glace. Car il suit, paraît-il, des sentiers parfaitement tracés, soit qu’il quitte à la nage ses quartiers d'hiver, soit qu'il y retourne. Avec des cornes de caribou, les chasseurs sondent la glace. L’oreille exercée du -Peau-Rouge découvre vite, au son, la route habituelle suivie par le rongeur.
On creuse aussitôt sur ce passage, un {rou qui recevra
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