CHAPITRE VII
proie étendue sans vie, que celle-ci lui sauta à la gorge et en aurait vite eu raison si le chasseur n'avait eu la présence d'esprit de lui saisir les oreilles, ce que tout sauvage fait en pareille circoustance, pour lui tenir la gueule à distance et par là l'empêcher de le mettre en pièces.
Les voilà donc tous les deux luttant corps à corps, tantôt debout comme deux gladiateurs, le plus souvent se roulant et se culbutant par terre, Sailawe ne lâchant jamais les oreilles du monstre qui, de son côté, lui laboure les épaules et les bras de ses Lerribles griffes.
Combien de temps dura le combat, c'est ce qu'on ne saurait dire. Ce qu’il y a de certain, c’est que le chasseur en sorlit affreusement meurtri. Il commençait, dit-il, à perdre haleine et l'ours allait avoir le dessus, quand mon hommes’'avisa de lâcher l’animal pendant qu’ils étaienttous les deux à terre, et lui envoya un vigoureux coup de pied qui le fitdégringoler en bas de la butte, tandis que lui-même s'enfuyait vers son canot et poussait au large. Une fois là, il ne sougea point à retourner venger avec son fusil les blessures qu’il avait reçues : il en avait assez.
Peut-être avait-il appris de son père à se battre avec l’ours. Celui-ci descendait la rivière Stuart ea compagnie de trois autres sauvages quand un ours fut signalé, tiré, et pareillement blessé.L’animal, se conformant à ses instincts, alla se cacher là où il prévoyait qu’on le poursuivrait. Deux sauvages de la bande fouillèrent la forêt un peu en amont
de leur place de débarquement, tandis que À {zou/, le père de Sailawe, partit dans une direction opposée.
Après de vains efforts pour trouver l'animal, les deux Indiens revinrent au canot croyant y trouver leur compagnon, mais celui-ci n’y était point. Après l'avoir attendu un certain temps, craignant un accident, ils se mirent à sa recherche. ;
Ils avaient fait près d’un quart de mille quand ils apercurent au loin Atzoul debout et immobile.
— Approchez doucement et ne craignez rien, leur criat-il ; je le tiens par les oreilles ! Teneo lupum auribus !
En effet, l'ours était là debout et face à face avec l’Indien qui l'empêchaitdemanœuvrerautrementqu'avecsesgrifes. Approchant près du groupe, ils tirèrent l'animal à bout portant.
Je connais d’autres sauvages qui portent encore les marques des blessures qu'ils ont reçues en pareilles rencontres. Que dis-je ? un de mes meilleurs amis, Denys, sauvage dont la véracité ne saurait être révoquée en doute, a même tenu tête au farouche ours gris !
De concert avec un autre chasseur, il suivait sur la montagne la piste d’un caribou.
— Va à droite: moi je prendrai à gauche et ainsi nous le surprendrons entre deux feux, lui avait dit son compagnon.
Denys s’en allait donc seul et sans se défier de rien quand il tomba sur le caribou, le tira et le manqua. Il allait recharger son arme et venait d'entrer dans une clairière au sommet de la montagne quand il vit, avechorreur, un ours gris déboucher d’un point opposé de la forêt et se diriger vers lui au travers de la petite prairie naturelle.
Que faire ? Reculer? C'était une mort certaine. Avancer ? Il n'aurait pas le temps de charger son fusil, et d’ailleurs qui serait assez téméraire pour attaquer l'ours gris avec un fusil à un coup ? Crier au secours ? Son compaguon était {rop loin et ne pourrait l'entendre.
Il se rappela alors qu'en pareille circonstance le point essentiel est de ne pas trahir la moindre peur. I se tourna donc bravement vers le monstre qui avançait toujours, et l'attendit de pied ferme. Le souvenir de sa femme et de ses petits enfants se présenta Soudain à sa pensée : il leur don na quelques secondes de regret et, mentalement, leur dit adieu. :
Cependant le fauve n’était plus qu’à quelques pas. Tout
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