CHAPITRE PREMIER
Quand je parle de chemin, qu'on ne s’imagine pas une voie quelconque tracée de main d'homme. J'entends tout simplement ici l’étroit sentier frayé par lesabot du cheval ou le mocassin du sauvage : sentier si primitif qu’en maint endroit il faut l'œil exercé de l’Indien pour le découvrir.
Nous pénétrons dans la forêt. Elle est tapissée de fleurs, de baies sauvages et de fraises odoriférantes qui semblent nous inviter à faire halte quelques instants.
Bref, ie trajet serait très agréable n'étaient les branches d'arbres qui nous fouettent le visage et surtout, pour ceux qui ne sont pas en tête de la caravane, les nuages de poussière que font voler les chevaux et dont il leur faut,bon gré mal gré, avaler une bonne partie. D'un autre côté, le bon P. Blanchet, un vieillard de 65 ans, ne tarde pas à s’apercevoir qu’il a perdu l’habitude du cheval et, lorsque le soir nous arrivons à Soda-Creek, il se plaint de la fatigue. Le lendemain et pendant tout le reste du voyage,il est obligé, pour ne pas aggraver son état, d'aller à pied une bonne partie du chemin.
À Soda-Creek, nous sommes hébergés par M. P. Dunlevy dont la femme est une excellente catholique.
Le lendemain nous traversons le Fraser après en avoir remonté le rivage près d’un demi-mille sans l'ombre de sentier, au milieu des épines et des broussailles. Néanmoins cette opération n’est pas toujours aussi facile. Lorsque je traversai le fleuve au même endroit, lors de mon voyage précédent, les banquises qui le bordaient formaient de chaque côté comme un rempart de glace d’une douzaine de pieds d'épaisseur, franchissable seulement par une brèche qu’on y avait pratiquée, et les glaçons que le courant charriait en grand nombre menacaient à chaque instant de faire chavirer notre frêle embarcation.
En gravissant la montagne qui forme l’autre rive du Fraser, l’un de mes compagnons aperçoit un ours et deux
mouflons et regrette vivement de n'avoir pris ni fusil, ni munitions.
Nous sommes maintenant au territoire tsilkohtine. Ici, je me sépare du P.. Blanchet qui, à cause de son état de fatigue, ne nous suivra que de loin et fera le reste du voyage à petites journées. Nous traversons une vaste forêt de conifères et de peupliers trembles, puis nous entrons dans d'immenses prairies naturelles que nous franchissons bride abattue.
Le lendemain nous arrivons au village où la bande des Tsilkohtines la plus civilisée a établi ses quartiers d'hiver. C'est la bande de Tüzi. Ce commencement de bâtisse en troncs d’arbres, carré comme un dé à jouer, est leur future église. Il est facile de voir que les mains qui l'ont élevée ne se sont guère préoccupées des règles de l’architecture.
Mais où sont les sauvages ? Leurs cabanes en troncs d'arbres, au toit recouvert de terre, sont désertes. Remontez, un demi-mille, le ruisseau que vous voyez à droite, et là vous les trouverez sous la tente, jouissant des douceurs de la vie de campement. Si vous avez l’œil tant soit peu observateur, vous vous apercevrez à leur insu qu'ils paraissent jouir d’une excellente santé, ce qui n'empêche pas qu'aussitôt que nous nous montrons ce ne sont que toux et gémissements comme s'ils étaient sur le point de rendre l’âme. Ne vous en inquiétez pas plus qu'il ne faut : c’est simplement leur manière de nous demander des médecines. Nous les faisons donc participer aux remèdes plus ou moins infaillibles de notre pharmacie ambulante que: nous accompagnons de quelques bons conseils, et nous poursuivons notre chemin, car nous devons les revoir à notre retour.
Depuis hier, nous avons quitté la forêt. Désormais nous traversons de hauts plateaux couverts de bunch grass (ga-
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