CHAPITRE PREMIER
zon en touffes (1), par des sentiers qui seraient détestables en France, mais qui passent ici pour excellents.
Après avoir chevauché un peu plus d’une demi-journée, nous apercevons tout à coup une vallée profonde, arrosée par un cours d'eau qui, des hauteurs où nous sommes, nous apparaît comme un filet d'argent. C’est la rivière Tsilkohtine et sa vallée. Elle est là, à nos pieds, à 1700 pieds de profondeur, et il ne nous faudra pas moins d’une heure pour l’aiteindre. Comme le Fraser, elle est très rapide etencaissée très souvent de montagnes qui, en maint endroit, forment un véritable rempart à pente perpendiculaire.
Une fois dans la vallée, il nous faut subir les ardeurs d’une chaleur sénégalienne, chaleur telle qu'à mon retour à la mission, après une absence de moins de six semaines, j’avais le teint basané comme un turc. À mesure que nous approchons de l’endroit choisi pour l’église principale, la vallée s’élargit, les montagnes s’écartent pour faire place à des forêts de pins et à des prairies qui seraient assez belles si elles étaient plus fraîches.
Mais pourquoi ces colonnes de fumée qui obscurcissent l'horizon et ces feux qui dévorent des forêts entières ? Qu’on le demande aux sauvages qui les ont allumés, et ils répondront que cette fumée leur épargne la peine de courir °"1 loin pour retrouver leurs chevaux.
— Sans elle, diront-ils, nos chevaux tourmentés par les maringouins (2) s’enfuient dans les bois, croyant échapper à leurs poursuites ; avec elle, ils restent près de nous, sachant bien que dans la fumée ils sont à l’abri de leurs atteintes.
C'est ingénieux, mais pas très économique.
Samedi soir, après quelques allées et venues dans la vallée pour voir une malade et baptiser un nouveau-né qui
) Agropyrum repens, L.
) Espèce de cousins fort nombreux et très incommodes.