CHAPITRE VIII
Sommaire, — Le labret, — Les Babines. — Les banquets de cérémonie. — Proclamé (œneza. — Intronisé. — Masques et danses. — En quoi ces fêtes sont répréhensibles. — Le chamanisme babine, — Incantations des jongleurs. — Distribution de la lumière, du feu et de l’eau. — Premier voyage chez les Rabines. — Première mission. — Le français du pays. — Les petits festins prohibés, — Comment la nouvelle en est reçue. — Désobéissance. — Sa peine.
Les Babines doivent leur nom distinctif à une pratique, maintenant tombée en désuétude ‘et empruntée aux abor'-ènes du littoral de la mer,d’après laquelle toute femme
désirait jouir de tant soit peu de considération dans …1bu devait porter un labret à la lèvre inférieure.
Par labret on entend une pièce de bois, généralement d'érable des montagnes (Acer glabrum), quelquefois d'os, de forme ovale, qui avait parfois un maximum d’un pouce et quart dans sa plus grande longueur, passée au travers de la lèvre inférieure qu'elle rendait pendante en l'éloignant des dents de toute la largeur de la rondelle. Cette monstruosité passait pour un ornement, et ses dimensions déterminaient d'ordinaire le degré de beauté que s’attribuait la personne ainsi défigurée.
Son imposition était l’occasion de réjouissances publiques. La jeune fille recevait le labret quand elle arrivait à l’âge de puberté, d'abord sous la forme d’une mince cheville d’os ou de bois dur, laquelle était changée graduellement jusqu’à ce qu’elle atteignît au moins un pouce de diamètre. L’extravagance sous ce rapport était poussée si
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loin que le bord de la lèvre cédait quelquefois sous la tension de la rondeile,et, en se déchirant, donnait à la physionomie l'air le plus hideux qu'il soit possible d'imaginer.
Par Babines j'entends non seulement les sauvages du lac Bahine, mais encore ceux qui sort établis sur la rivière Buckley, au Rocher-Déboulé et en amont. Ces derniers s'appellent eux-mêmes Æwotsu'tinni, ei sont connus des blancs sous le nom d’Akvwilguettes que leur donnent leurs voisins hétérogènes, les Kitiksons ; mais la particularité qui a valu leur nom aux habitants du lac Babine, le labret, était tout autant en honneur parmi les Indiens du Rocher- Déboulé. De plus, le caractère, les mœurs et coutumes et les (traits linguistiques des deux parties de la tribu sont identiques.
: C’est la première fois que je traite des Babines comme d’une tribu distincte. La raison qui jusqu'ici m'a fait hésiter à en venir là, c’est que leur dialecte, tout en ayant plusieurs points grammaticaux et nombre de mots qui lui sont propres,ressemble pourtant assez à celuides Porteurs. Je n’ai jamais fait le moindre effcrt pour m’en rendre maitre, et je le comprends aussi bien que le Porteur.
Il se ressent du voisinage du kitikson, langue d’origine tsimpsiane, où les consonnes ont une prépondérance re-. marquable. Ainsi tous les z désinentiels des mots Porteurs sont remplacés par {s en babine ; les z pronominaux des verbes de la troisième conjugaison se changent en #4, etc. Une auire particularité digne de remarque est que certains mots qui, en Porteur, diffèrent complètemerit de leurs équivalents tsilkohtines leur ressemblent, au contraire, en babine, bien que, au point de vue géographique, les Porteurs interviennent entre les deux tribus.
Au physique, les Babines ont beaucoup de points de ressemblance avec les Tsilkohtines.
Au moral, les Babines sont bruyants, grands parleurs et plus tenaces de lcurs anciennes coutumes qu'aucune