CHAPITRE VIII
sa nouvelle dignité. Saisissant ensuite la première des peaux entassées, il l’étale aux regards de tous, puis la place comme un manteau sur les épaules du récipiendaire. Il répète la même cérémonie pour chaque peau, prenant garde que les assistants puissent ainsi les compter toutes.
La première peau n’est pas plus tôt placée sur ses épaules qu’un chanteur étranger à son clan entonne le chant de famille du notable décédé. Une peau entière est de suite sa récompense. L'hymne entonné est poursuivi par toute l'assemblée, excepté les proches parents du défunt qui commencent simultanément un concert de lamentations assourdissantes.
Le nouveau dignitaire, revêtu de nombreux manteaux, est enfin débarrassé de sa charge. C’est le signal du silence : chants et lamentations cessent du coup. Le maître des cérémonies aide alors à déchirer ét à distribuer la pile de peaux tannées, n’oubliant pas de faire double mesure pour les 1.otables absents, s’il y en a. L’aspirant lœneza de tout à l'heure est dès lors accepté pour notable par la tribu ; inais pour jouir des prérogatives de son rang il devra faire trois nouvelles distributions.
La première est natladita, ou l’intronisation du notable. La nouvelle distribution de peaux ou d’effets qui a lieu alors est regardée comme le tribut payé pour avoir le droit de s'asseoir à la place traditionnelle du prédécesseur. Cette distribution se fait à l’occasion d’un banquet donné par un notable’ de clan différent et auquel assiste le nouveau tœneza. Lorsqu'il entre dans la « salle du festin », celui-ci est suivi de sa femme portant les peaux qu'il va distribue: Des jeunes gens les étendent bout à bout et en ligne pour que la foule puissé les compter. Etalors l’un d’eux s’écrie :
— Ces peaux, il va les distribuer pour célébrer son intronisation !
La foule répond par des acelamations bruyantes :
— Sæmotgét ! Sæmotgét ! Chef ! Chef!
La distribution faite, le notable s’assied à sa place d’honneur. ;
Si, durant l’été suivant, l’on doit donner le dernier des six banquets requis pour célébrer la mémoire du notable défunt, un soir d'hiver a lieu le cinquième potlache. Le nouveau tœneza est assis, avec une bande de jeunes gens, à l'intérieur de sa demeure dont la porte reste fermée. Tous les gens du village, les notables en tête, se réunissent au dehors. À un signal donné, la foule éclate en applaudissementset en cris bruyants, et la troupe des jeunes gens qui se trouve à l’intérieur entonne un chant qu'accompagne le tambourin. Alors un tæneza portant les insignes de son raug, la perruque et le tablier de cérémonie, entre en dansant s’inclinant profondément devant son hôte et vient prendre place auprès de lui. Tous les notables présents suivent avec le même cérémonial. Si parmi les notables se trouve une femme, elle passe avant toute personne de l’assistance qui n'aurait pas de titre. Au lieu de la perruque, elleporte une coiffure en forme de couronne chargée de la dépouille de ses animaux héraldiques. La femme tœneza ne danse point en entrant dans la loge, mais elle marque la mesure avec sa haute perruque au son du tambourin.
Lorsque toute l’assemblée est ainsi réunie aulour du maître du logis, celui-ci sert à tous un frugal repas et chacun se retire. FR
Vient enfin le dernier des six banquets de cérémonie. Avant la fête, les habitarits des villages voisins construisent une nouvelle loge, aussi grande que possible, rour le nouveau tæneza. Pendant ce temps, les notables présents s’en vont dans les bois et, loin de tout regard indiscret, ils font deux masques de.bois portant la figure l’un d’un homme, l’autre d’une femme. De leur côté, les plus habiles ouvriers du village sculptent deux énormes cogs de bruyère ou deux . crapauds gigantesques selon le clan auquel appartient le nouveau lœneza.