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CHAPITRE VIII

se pressait pas assez de rendre leurs malades à la santé. D'un autre côté, leurs anciennes pratiques superstitieuses leur paraissaient les plus naturelles du monde, et les jeux de hasard, même poussés à l'excès, n'étaient pour eux “u’une très honnête récréation.

Le prêtre n'en jugea pas ainsi, et quand il les mit en demeure, de rejeter à tout jamais le diable et ses œuvres, c'est-à-dire le jongleur-médecin et ses incantations, ils le firent à regret pour se donner ensuite à eux-mêmes le plus honteux démenti.

Pourtant, on ne saurait dire qu’il y eût là malice proprement dite : c'était plutôt de la faiblesse, une peur exagérée de la mort et un amour excessif des proches quiportait à prendre tous les moyens, permis et défendus, que l'on croyait propres à prolonger la vie. Les Dénés ont bien la connaissance des propriétés médicinales de certaines plantes, et ils se servent à l’occasion de ces herbes : mais si elles ne paraissent pas d’une efficacité suffisante, vite le chaman ou jongleur est appelé et prié de « souffler » le malade, c’est leur expression. Celui-ci, sachant qu’il sera grassement payé, ne se le fait pas dire deux fois.

Il se hâte donc de se rendre près du patient et endosse la dépouille de son génie particulier ; par exemple, une peau d'ours avec la tête servant de coiffure, si c’est l'ours ; un bonnet fait d'une peau de hibou ornée, si c’est le hibou, etc. D'autres fois, c’est une espèce de couronne faite des griffes de l’ours gris disposées en saillie autour d'une bande de cuir, et reliées ensemble vers le milieu au moyen de ces coquillages allongés (Dentalium Indianorum) dont il a été précédemment parlé. |

Vêlu de ces insignes et du pagne, et par ailleurs parfaitement nu, il commence auprès du patient sa danse magique qu’il accompagne d’un chant propre à ces sortes

‘d’incantations. Pendant ce temps les assistants battent du

tambourin, tandis que lui-même agite en mesure son

nilrweæs, espèce d’ovale avec manche rempli de petits cailloux ou de plomb de chasse. Le jongleur danse donc en chantant, danse toujours et chante de plus en plus fort jusqu'à ce que, épuisé et hors de lui-même, il se déclare tombé sous l'influence de son génie particulier. Dirigeant alors vers l’infirme le symbole de l’esprit — un poisson, un oiseau, un mammifère, etc.— il s’avance vers le malade et laisse Lomber sur sa têle le symbole sacré qui, dit-on, disparaît aussitôt. Faisant ensuite sur la partie souffrante des insufflations sans nombre, il se met à la sucer comme pour en retirer la cause du mal qui, effectivement, sort de sa bouche sous la forme d’une épine, d’un insecte, d’un crapaud, otc.

S'éloignant un moment du malade, il se remet à danser à distance, et tout à coup l’image du génie retourne dans ses bras étendus.

On comprend si pareil tintamarre est fait pour guérir un malade. Aussi, plusieurs qui n'auraient pas si tôt succombé au mal sont-ils emportés par son prétendu remède. Mais le diable est si habile qu’il fait oublier les morts pour ne penser qu'aux soi-disant guérisons. C’est ainsi qu’il abuse de la crédulité d’âmes simples qui, bien qu’elles ne veulent pas de son royaume, ne l’en substituent pas moins à Dieu qui tient seulentre ses mains la vie de ses créatures.

La cosmogonie babine — identique, du reste, à celle des Porteurs — n'attribue pas la création de l'univers à un être suprême, ou du moins elle se tait sur ce sujet. Elle parle, non pas de la création, mais de la distribution des éléments les plus nécessaires à l’homme, la lumière, le feu et l’eau.

Comme ces notions de plus en plus discréditées ont encore cours parmi nombre d’indigènes, il me semble permis de reproduire ici celle de leurs légendes qui explique leurs idées sur l’ origine de ces éléments. La voici telle que fa racontent les sauvages:

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