‹ Chez nous et chez nos voisinsChapitre 12 sur 34 · PRÉFACE. XXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXIII

ret, et restitue-moi le nom que tu m^as volé ! » « Je n'ai pas qualité pour être aussi sévère avec toi, Alcestc! mais que dirais-tu si, étendu depuis quatre ans sur un lit de douleur qui est aussi un lit de Procuste, ceux qui auraient vieilli avec toi en se disant des frères, t'abandonnaient comme on abandonne un soldat sur le champ de bataille, au risque de le faire achever par Tennemi ? Que dirais-tu si ceux qui jouissent de tout et ne souffrent de rien, ne pouvaient pas trouver dans leur cœur une consolation pour celui qui ne jouit de rien et qui souffre de tout? Que dirais-tu si des faux Mécènes, qui se faisaient T honneur de paraître te protéger, ne s'imposaient même pas la pudeur d'une visite de bienséance ? Que dirais-tu si, lorsque tu t'intéresses à toutes choses et que tu es aussi vivant qu'eux-mêmes, des confrères dont tu as chanté la gloire et des camarades qui n'ont qu'à se louer de tes gracieusetés, finissaient par t'inhumer à force d'inditîérence et d'oubli, et ne venaient pas même le 2 novembre jeter une fleur sur ta tombe, car il y a des gens qui ne saluent même pas leurs morts ? »

« Que dirais-tu si ceux qui, par les droits du sang, te doivent aide et protection te faisaient défaut, à toi qui as été le fidèle gardien de leurs

PREFACE

bienfaiteurs ? Que dirais-tu enfin si des chrétiens jaloux de plaire à Dieu se refusaient, après t'avoir dit : « la maison est à toi, » à faire, avec ces bribes d'affection qui coûtent si peu, un nid à Toiscau blessé? Quel serait ton courroux si tu t'apercevais que ces mille protestations d'affection, qui semblaient sortir de bouches d'or, ne sortaient que de bouches dorées, car il y a les saints Jean Chr3'sostome et les saints Jean Christophtomes ? Ah! comme tu regretterais le temps où tu te plaignais d'un pli de rose! Comme ton malheur passé te semblerait une béatitude sans égale, comme tu demanderais pardon aux gens sociables de tes brusqueries sans excuse! Tu n'aurais plus besoin d'un endroit écarté pour avoir la liberté d'être homme d'honneur -, changeant tes rubans verts en rubans roses, tu implorerais comme une faveur les rigueurs de Célimène et tu supplierais Oronte de te lire la collection de ses sonnets. »

Rassurez-vous, mon cher comte, Maxime Gérard n'a pas pris le masque d'Alceste. Il ne se croit pas le droit de trahir les hommes, puisqu'il vous a rencontré et que votre nom figure en très-bonne compagnie sur sa liste de fidèles. Il se demande même si, abusé par son infor-

PREFACR. XXV

tune exceptionnelle qui semblait autoriser une infraction à la règle du « chacun pour soi^ Dieu pour tous^ '> il n'a pas trop exigé du mondes s'il n'a pas pris des démonstrations bénévoles pour les certitudes de dévouement qui appartiennent à d'autres. Il ne faut pas rêver le Roman du Bien; on est encore trop heureux dans des jours troublés que le Bien ait une histoire. — Agréez, mon cher Comte, l'assurance toujours nouvelle de mon vieil attachement.

Xavier AUBRYET.

Paris, Octobre 1877.

Je suis chargé de remercier particulièment madame deL.,..y, la plus spirituelle des consolatrices; madame J. G..., une vaillante amie dans le cœur de qui on peut lire : Secours à ceux qui souffrent ; madame de P. qui met de l'éle'gance jusque dans l'amitié'; madame Pb..., la plus charmante des bonnes Samaritaines; madame de Bl une mondaine charitable; madame P..,, la grande artiste; mesdames D. et G .... deux bons cœurs et deux vrais talents.

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