‹ Chez nous et chez nos voisinsChapitre 15 sur 34 · RIVAROL · texte numérisé non relu

RIVAROL

Parles immenses brouillards qui s'établissent tout d'un coup sur l'Océan, les navires emploient, pour se reconnaître, des appareils de lumière spéciaux. L'électricité. elle-même. a peine à percer cette résistante opacité : on dirait les ténèbres grises. après les ténèbres noires; ce n'est plus le jour, c'est la nuit qui se prolonge en demi-deuil.

Il y a. partbisdans l'histoire des nations.des brumes d'une pareille densité, qui interceptent la vue des choses les plus proches, et rendent presque impossible la navigation au vaisseau de l'Etat; lorsqu'on en arrive à ne plus discerner, non pas l'avenir, mais même le lendemain, ne serait-il pas opportun de recourir à ces feux pénétrants. qui reconstituent, pour ainsi dire, l'itinéraire aux yeux les plus voilés ? je

veux parler de ces esprits brillants.dont l'éclat peut fatiguer à lordinairc, mais rend d'admirables services.dans ces périodes d'obscurité où ce n'est pas trop d'éblouir,pour arriver à éclairer.

Rivarol est une de ces bienfaisantes lueurs ; il ressemble aux météores artificiels que la science invente, pour déjouer les surprises d'obscurité. Sa parole illumine les espaces les plus sombres ; elle flamboiera où tout paraît s'éteindre; il y a autre chose que la clarté ordinaire, il y a, pour ainsi dire, de la lumière électrique dans ce jet de pensée.qui découvre si merveilleusement les horizons les plus mystérieux; comme l'éclair, qui dans son étincelante lividité trahit les secrets de la nuit la plus noire, cet esprit, qui faisait cent lieues à la seconde, atteignait.en quelques bonds.lesplus lointaines perspectives des événements et découvrait,dans son rapide passage-les mille écueils du présent. Dans les temps révolutionnaires, on ne peut avoir un guide plus sûr. que ce touriste du chaos ; il aimait la vérité vraie. comme un musicien aime la justesse, et le feu de la vérité, gardé par des raffinés de cet ordre, ne s'éteint pas plus que le feu de Vesta, gardé par des vierges; voilà pourquoi, à trois grands siècles de distance, c'est moins un anachronisme qu'une actualité, de recourir à Rivarol ; même pour les yeux les plus prévenus, ce simple

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flambeau trouve moyen de faire pâlir toutes les torches.

En France, on a aboli la noblesse, mais les préjugés font souche. L'abbé de Vertot compte toujours des paroissiens qui ont aussi leur siège tout fait ; d'un autre côté, les sectaires continuentfde père en fils. à refuser des moyens. jusqu'à un homme de génie. Pour cette galerie futilcou bornée, c'est-à-dire pour ce qu'on pourrait appeler le demi-monde de l'intelligence, Rivarol ne fait guère l'effet que d'un de ces petits maîtres du persiflage, qui passaient leur vie à débiter des impertinences.au nez delà vérité, cette roturière malmenée aussi par les grands seigneurs ; volontiers, ce nom redouté et suspect personnifierait tout au plus ces épigrammes sans portée, qu'excellaient à lancer les rétrogrades à tête vide, comme ces flèches du Parthe.dont les émigrés criblèrent la Révolution.en quittant la France et dont pas une n'arriva au but. On se tromperait étrangement,en prenant Rivarol pour un ancêtre de la presse gouailleuse.

Pour ceux qui savent lire, jamais raison trempée d'ironie ne fut mise.avec plus de courage.au service du bon sens : ne craindre ni ami. ni ennemi^ telle

paraissait être la devise de Rivarol, qui méprisait les faveurs des salons. comme la popularité de la rue; épicurien stoïque, il trouvait une volupté rare dans la parfaite indépendance, Mirabeau vendit chèrement ses conseils, Rivarol donna les siens- sans compter ; le caractère était- chez lui à la hauteur de Tesprit. Ce fut cet écrivain, réputé si frivole qui lança ce mot d'une gravité si terrible à l'adresse des sociétés qui ne se défendent pas :

Quand on est mieux chez soi. que dans la rue, on est toujours battu par ceux qui sont mieux dans la rue que chez eux.

Assurément, le pathos révolutionnaire et la phraséologie démocratique ne devaient point séduire cette intelligence si Juste et si fine; ce n'est pas dans un encrier fait avec une des pierres de la Bastille. qu'il trempait sa plume; il aurait cru se rendre complice de parodies sanglantes.telles quela rentrée triomphale des Suisses de Château-Vieux, s'il ne les avait pas un peu siffles; son élégance native ne pouvait pas ne pas avoir horreur de tant d'oripeaux; son goût simple et exquis faisait.de lui-même. justice de tant de panaches. Il peut y avoir du sublime, mais on n'a pas dit assez combien il y avait de ridicule,dans la Révolution française.qui substitua à la langue parfaite du dix-huitième siècle un jargon -plus grotesque encore que le costume. Sans doute, Rivarol ne fut qu'un

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mondain; on pourrait le définir le grand causeur de la Rcvolulion, comme Mirabeau en reste le grand orateur; mais il y a de la profondeur dans sa mondanité; ce n'est pas un pédant, mais ce n'est pas non plus un bel esprit de café; il n'a rien du cuistre, mais il n'a rien du fat.

Ce qui précisément en lui attire et plaît, c"est qu'il n'est ni un 7'éactionnaire, dmns le sens banal qu'on prête à ce mot si niais, ni un facile adorateur des idées nouvelles ; ne cherchez pas. dans Rivarol le coupable parfum de l'ancien régime, — quoique après tout J'odeur à la maréchale vaille encore mieux que l'odeur du sang, — mais n'essayez pas. davantage, d'y rencontrer le fumet libéral du philanthrope pleurant de Joie en voyant brûler les châteaux ; Rivarol était un esprit ferme et juste qui osait dire la vérité aux peuples, comme il la disait aux rois ; la rue a des courtisans plus nombreux.que n'en comptent les palais ; cet épicurien de liberté ne porta jamais de livrée d'aucune sorte, il n'inaugura pas plus ce refrain de la flatterie démocratique : Le peuple a été admirable, qu'il ne brûla d'encens aux pieds du trône; appelé par Louis XVI, qui hésitait enlremille conseils contradictoires, Rivarol trouva une inspiration superbe, dans son laconisme; il dit à ce souverain,siprès de devenir un sujet : Sire, faites le roi!

Faire le roi, c'est-à-dire accomplir réellement la fonctioil royale, c'est la seule vertu qui manqua à Louis XVI ; honnête, libéral, voulant le bien, ennemi des abus, rachetant, pour ainsi dire,par la pureté de sa vie.,toutes les souillures qui l'avaient précédé, Louis XVI, entre les mains d'une nation ayant le sens politique.eût pu devenir le véritable monarque moderne et fonder en France la liberté anglaise, mais prince et peuple faillirent à leur mission ; l'Assemblée constituante s'érigea en pouvoir unique; Louis XVI fut. dès le premier jour. une victime sur le front de qui la couronne de lis devait- dès le lendemain. céder la place à une couronne d'épines ; on sentit,tout de suite,que le roi était gouverné, mais qu'il ne régnait pas ; dans cette crise effroyable, où ce n'eût pas été trop d'un Henri IV-pour conjurer les périls,lachasseremplissaitlesjournéesde Louis XVI, comme aux époques les plus tranquilles de la monarchie. Il faut lire le curieux Journal de Louis XVI, publié par M. Nicolardot, pour voir combiendans l'infortuné successeur de Louis XV. le monarque manqua à la monarchie.

Nous sommes en mai 1789, tout est question de vie et de mort pour la couronne de France, quelles sont les occupations du roi ? lisons :

« Mai vendredi i", chasse du cerf à Orsay, pris

un ; 7, chasse du cerf à Gif, pris un ; 8, rien ; 9, visite à Mcudon en allant, chasse du chevreuil au paviUon de Travaux, manque: 16, chasse du cerf à Marcoussi, pris un ; 20, chasse du chevreuil à Vaugien, pris un. »

On peut objecter que Louis XVI ne prévoyait pas encore l'ingratitude nationale. Poursuivons notre lecture; nous voici arrivé au moment oU les députés du Tiers se déclarent Assemblée constituante ; que fait le roLàla veille et au lendemain du 17 juin: «CI 5, chasse du cerf ^ à Port-Royal, pris un; 20, chasse du cerf au Butard, à 9 heures, pris un. » Que fait-il à la veille du 9 et du 14 juillet ? a 4, chasse du chevreuil au Butard, pris un et tiré 29 pièces ; 7, chasse du cerf à Port- Royal, pris deux. »

Au 4 août, — cette dateii la fois glorieuse et fatale : a chasse du cerf à la forêt de Marli, pris un. »

Le 5 octobre — le jour de la levée en masse de la canaille, — «le roi a tiré à la porte de Châtillon, il a tué 89 pièces ; interrompu par les événements,» ajoute le journal.

Et cette nomenclature aride se poursuit, comme une sèche ironie du destin, à travers les phases les plus sinistres de la plus inutile des révolutions ; que le journal de Louis XVI fait comprendre l'exclamation de Rivarol : « Il faut des rois administrateurs

aux Etats industrieux, riches et puissants ; un roi chasseur ne convient qu'à des peuples nomades. «

Quel contraste avec Louis XIV, ce grand homme que la démocratie ne parviendra pas à décapiter dans l'histoire, travaillant dix-huit heures par jour, répondant fièrement auxministresquilui demandaient, après la mort de Mazarin, à qui ils s'adresseraient désormais : — A moi! sacrifiant ses plaisirs aux intérêts de l'État, jaloux, comme un amant de sa maîtresse, de la grandeur de la France, justifiant enfin la célèbre prédiction de Mazarin : « Il y a en lui de l'étoffe de quoi faire quatre rois et un honnête homme. ■»

Il i\xX faire le roi, celui-là, aux applaudissements et à l'admiration de l'Europe entière; la fonction royale n'eut pas de représentant plus laborieux et plus magnifique. Hélas! le mari de la reine, l'infortuné époux de Marie-Antoinette, ne fut pas même le roi de la chasse !

Les avertissements ne lui avaient pourtant pas manquéà son entrée dans la vie ; le duc de la Vauguyon, dans son plan d'éducation, avait adressé à celui qui devair être Louis XVI ces paroles prophétiques : (c La fermeté est, pour tous les hommes, et particuhèrement pour les princes, une vertu si abso-

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lument nécessaire, que, sans elle, toutes les autres ne sont rien. En effet, quelque pieux, quelque bon, quelque juste que vous soyez, si vous n'êtes ferme, vous ne saisirez aucun- principe; vos meilleures dispositions n'auront aucun effet. Semblable au roseau faible et fragile, vous serez agité continuellement par les vents contraires ; vous vous abandonnerezaux mauvais conseils, vous fer e:[ le mal que vous haïre\ et vous ne fere^ pas le bien que vous aimei'e^ ; tout languira, tout s'anéantira dans votre empire, où, vertueux^sans l'être réellement, vous souffrirez que le vice triomphe et ose opprimer le mérite et l'innocence ; vous attirerez sur votre tête la colère du ciel, la haine de vos sujets et le mépris des nations. »

N'est-ce pas toute l'histoire de la Révolution résumée en quelques lignes; la démocratie peut se convaincre.par cet échantillon, que ce n'est pas toujours l'adulation qui inspire le langage des cours; en fait de poison et en fait de flatterie, elle est si délicate !

Malheur à ceux qui remuent le fond des nations ! s'écrie Rivarol à l'une des premières pages

de ses œuvres politiques ; n'a-t-il pas souverainement raison, et ne sentons-nous pas de nouveau la vase qui remonte et qui entend confisquer au fleuve sa transparence ? le grand crime de la Révolution, c'est de dire à Tégout : Tu vaux la source pure, et de ruer les bestialités sur les intelligences. On a quelque excuse à avoir adoré le Roi-Soleil, mais où est l'excuse d'adorer encore le dieu Marat?

Faire le roil ce mot d'une concision si substantielle.quil eût rendu jaloux Tacite, résumait. à lui seul.tous les devoirs delà royauté; mais Rivarol ne s'en tint pas à cette sentence d'oracle, il fit parvenir à Louis XVI, par l'intermédiaire de l'intendant de la Porte, sous forme de lettres et de mémoires, des conseils pratiques,qui eussent pu sauver la couronne. Ainsi, il aurait voulu que le roi, peu de temps après l'ouverture des États généraux, se rendît spontanément à Paris, montât à l'Hôtel de ville et y rédigeât une constitution. qui pût satisfaire le besoin universel des esprits ; cette constitution, appuyée par vingt ou trente mille hommes qui n'eussent pas demandé mieux que de devenir ses partisans, il l'aurait fait adopter à l'assemblée de Versailles, comme on disait déjà alors ; se posant en constituant, il aurait éclipsé,ou balancé les prestiges de la future Constituante ; une autre fois, Rivarol demanda (c'était

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après la fctc de la Fédération) que Louis XVI, à la tétc des principaux fédérés, allât visiter les provinces. Quel immense regain de popularité eût valu au monarque en détresse. ce royal tour de France ! Même après Varennes, l'intrépide sauveteur de la monarchie ne se décourage pas ; il fait parvenir au roi un hardi projet de discours qui, avec la mobilité française, eût pu amener dans l'opinion un revirement inespéré.

Cette fois, le roi ne s'abaissait que pour mieux s'élever ; en confessant sa faiblesse, il reprenait de la force; mais de pareils discours du trône ne se prononcent jamais. Si. en février i848Je roi Louis-Philippe avait fait afficher sur les murs cette proclamation laconique : Voilà dix-huit ans qu'on tire sur moi, Je crois le moment venu de prendre ma revanche ! l'émeute, qui ressemble à la souris de la fable, fût rentrée dans son trou, et la plus stupide des révolutions, après celle de i83o, n'eût pas préparé les catastrophes de l'avenir.

Pour en revenir à Rivarol, qui voit de haut et de loin, il a une idée toute moderne, en demandant la création d'un club d'ouvriers; son axiome est que la monarchie recommence, et qu'il faut recourir aux éléments, c'est-à-dire s'appuyer sur la partie forte de la nation. François I*' avait pu dire qu'il était le

premier des gentilshommes, parce qu'alors Ja France s'incarnait surtout dans l'aristocratie, Louis XIV put faire fond sur la noblesse; Louis XV^ suivant le mot charmant de Rivarol, vécut des miettes de la table de Louis XIV. En 1780, la partie forte de la nation, c'était le tiers-état; la noblesse et le clergé étaient tombés en vétusté (depuis ce temps-là, le clergé a retrouvé une vitalité^qui étonnerait M. Cousin lui-même, s'il faisait encore partie des immortels). Rivarol devance donc l'avenir, en croyant indispensable la prépondérance du tiers-état, en même temps, qu'il se faisait le conseiller de la royauté ; Rivarol exhortait ceux qu'on appelait alors les aristocrates à se mettre à la tête du mouvement, au lieu de bouder les idées nouvelles. Il ne tenait qu'à eux, disait-il, de se faire nommer à tous les emplois, et de dominer.par le prestige, comme ils dominaient autrefois,par le privilège. Hélas ! on a bien raison de dire qu'on ne demande des conseils. que pour ne pas les suivre ; la cour ne tint pas plus de compte des pressants avis de Rivarol-que du dernier des libelles. Quant à la caste à laquelle appartenait l'importun prophète, elle pirouetta.une fois de plus. sur ses talons, et tout fut dit. Il n'y eut qu'un personnage que Rivarol prît en grippe, autant que les ultra-royalistes le détestaient ; c'était le trop vertueux

M. Necker, dont il disait plaisamment : M. Necker méfait l'effet d'un Iwnime qui, chargé d'un moulin à eau, regarderait d'oii vient le vent.

Le pays, disait entin Rivarol, est malade d'une souveraineté rentrée, est-il guéri à l'heure qu'il est? Nous avons bien peur que les médecins n'aient rendu sa maladie incurable.

On ne pourrait, sans sacrilège, dire -de la Révolution française ce que Beaumarchais disait avec tant d'impunité. du mariage : « De toutes les choses sérieuses, le mariage étant la plus bouffonne... » Aussi, nous avons tenu à montrer Rivarol traitant avec gravité ce terrible changement de front de société, prenant l'importance d'un homme d'Etat et jouant, pour ainsi dire . le rôle d'un ministre sans portefeuille. Il ne nous sera pas défendu de le voir s'amuser un peu aux,dépens de ce que ce cataclysme cachait de mystification solennelle.

Avec quelle verve, Rivarol plaisante ces fameuses journées qui enthousiasmaient si fort la France nouvelle ! L'abbé Maury venait d'être pris à Péronne , sous un déguisement, et on ne le menaçait pas moins jque du sort de Foulon et de Berthier. Sur ce

sujet tragi-comique, Rivarol écrit à une de ses amies une lettre qui est un chef-d'œuvre de 'grâce mordante. Voltaire eût applaudi des deux mains à tant de flèches -si inge'nieusement décochées ; je cite la première page de cette épître, qu'il faudrait lire tout au long :

«Après nous être arrachés, madame, aux charmants spectacles que Paris vous donne tous les jours, soit à la Grève, soit au Palais-Royal, nous nous sommes mis à voyager, munis des passe-ports de messieurs les électeurs de la ville, et nous traversons en ce moment la Picardie ; un grand événement la remplit tout entière: c'est la capture de M. l'abbé Maury; les Picards sont bons, mais ils sont exacts, et pour arriver plus vite à la perfection, ils se modèlent en tout sur les Parisiens. Ils ont des assemblées, des cocardes, des armes et de bonnes intentions ; ils jouent, comme à Paris, une partie.dont chaque coup est échec an 7'oi: ils ont brûlé les douanes, jeté les commis dans les rivières, intercepté les revenus publics, élargi les malfaiteurs, emprisonné les magistrats, et ils comptent tout cela pour rien, s'ils n'ont bientôt,entre leurs mains^gr l'archevêque de Cambrai. Péronne est,à peu prèsje chef-lieu de tant de ressemblances avec la capitale. Nous y sommes arrivés, aujourd'hui 28, de bon matin. L'abbé Maury,

qui y était entre déguisé, le dimanche 26, et qui avait été reconnu, pour avoir demandé un chemin de traverse, se trouvaiLen ce moment.envircnné des milices nationales de Péronne, dans un corps de garde, derrière l'hôtel de ville.

«Nous avons d'abord demandé comment on l'avait arrêté, quel genre de défense M. l'abbé alléguait, et quels étaient sur lui les projets de la Picardie. Mille bouches se sont ouvertes à la fois, et nous serions encore à comprendre un mot à tout ce que dégoisaient tant de péronnels et de péronnelles, si nous n'avions appelé à l'ordre et invité un chanoine en cocarde, qui était en face de nous, à parler seul et à parler français, si cela ne le gênait pas. a Messieurs, nous a-t-il crié, l'homme que la patrie a cru devoir arrêter ici et que nous allons renvoyer à la Nation, qui est à l'hôtel de ville de Paris, amérité.justement. cette imposition de mains. Il a voulu passer chez l'étranger, sans rabat et sans cocarde, et a demandé un chemin de traverse, ce qui a semblé louche à nos miliciens, qui nous l'ont amené. Nous l'avons reconnu pour être M. l'abbé Maury, grâce au signalement qu'on nous avait fait passer il y a quelque temps, et qui s'est trouvé fidèle. Nous lui avons dit : Vous êtes M. l'abbé Maury, et nous allons vous renvoyer à Paris, sur les pas de MM. Foulon et

Berthier. A quoi M. Tabbé Maury a répondu: a Puisque le déguisement et la peur n'ont rien changé à la ligure que le ciel m'a donnée, Je ne vous nierai pas, comme tout autre le ferait à ma place, que je ne sois l'abbé Maury. Ilya eu .jusqu'à présent , de la candeur à l'avouer, et maintenant il y a du courage. Me voilà votre prisonnier, et si vous m'envoyez à Paris, entouré de baïonnettes patriotiques, je ne doute pas que la populace ne me traite à peu près comme MM. Foulon et Berthier; mais je ne me soucie pas beaucoup de grossir le martyrologe des aristocrates, et je vous prie, messieurs, d'envoyer un courrier à mes frais, devers messeigneurs de l'Assemblée nationale. Je ne doute pas que plusieurs d'entre eux ne me réclament fortement, de peur que je 7%e fasse planche j il n'y a que la majorité du clergé.qui ne me réclamera peut-être pas, à cause de quelques principes qu'on me reproche et qui au fond me sont très-honorables. Ces curés ne veulent pas concevoir que, du jour où j'ai fait vœu d'être évêque, tout ce qui est entré. comme moyen-, dans mon vœu-, est non-seulement justifié, mais sanctifié. Des têtes picardes comprendront cela très-aisément. Maintenant, messieurs, que je suis entre vos mains, présentez-moi, je vous prie, au commandant de la milice, à M. le maire de la ville et enfin, à tous les

manants. » Rien de plus juste; et nous l'avons aussitôt amené et constitué dans notre hôtel de ville où, en attendant la réponse de l'Assemblée nationale, il vit au milieu de nos messieurs^ et se fait tout à tous. T>

Le La Fayette des Picards était un ancien sergent, boiteux et borgne, déjà mis à l'ordre du jour par deux ou trois émeutes. Le prévôt de la ville n'était pas des trois académies, comme M. Bailly ; mais il avait été, comme lui, nommé par acclamation.

Il apprend à Rivarol que deux mille brigands menacent les moissons et que trois cent mille hommes sont sous les armes, pour repousser cette invasion.

« Nous nous en étions bien aperçus, dit Rivarol, mais nous avions pris cet état violent pour l'état naturel de la Picardie. A chaque instant, des patrouilles, armées de fourches et de piques, nous faisaient jurer d'aimer la patrie et surtout,le village que nous traversions. Puis il entreprend de rassurer son interlocuteur. Mais M. le maire le regarde de travers, car il ne veut pas être rassuré. Pendant ce temps, un courrier de l'Assemblée vient délivrer l'abbé Maury, ce qui profite à un autre ecclésiastique, l'abbé Sabatier de Castres, tous les deux fort exposés, car l'un pouvait être pendu chez les fanatiques, et l'autre chez les philosophes ; heureusement

Péronne se décourage de ramasser les abbés-épaves; on fait jurer à l'abbé Maury qu'il aimera tou)Ours Péronne, et on le laisse libre, ainsi que son compagnon. T>

Rivarol termine en ajoutant , comme post-scriptum :

a Gardez-vous bien, madame, de songer à publier cette lettre, à moins que vous n'ayez résolu de faire pendre quelque honnête libraire du Palais-Royal. Quand nous n'avions qu'un maître, on pouvait l'éviter, en écrivant; mais aujourd'hui il n'y a de sûreté à écrire. que contre lui. Car.depuis que le peuple de Paris est roi, la populace est reine, et on peut être criminel de lèse-majesté,depuis les Porcherons- jusqu'à la Courtille, et de la Râpée.jusqu'à la Grève. Il faut espérer, avec le Journal de Paris, que mesdames de la halle feront entendre raison aux rois et aux reines de leur quartier. Puissent-elles faire comprendre à tous ces princes que la clémence est une vertu royale, qui convient merveilleusement dans les commencements d'un règne. Quand vous aurez, madame, gagné toutes ces puissances, je repartirai, pour aller vous joindre. C'est en vain que l'Hôtel de ville vient de publier, au nom du peuple-roi, une amnistie générale; je ne veux pas me fier au secrétaire d'un roi qui ne sait pas lire; je ne me servirai

Jamais d'un passe-port signé Pitra : ce nom ,qui a donné la mort à tant de pauvres livres, ne peut assurer la vie de personne. »

Il n'y a là qu'un immortel badinage, et Voltaire eût applaudi,de ses deux mains décharnées, à ce l'eu roulant de sarcasmes, mais comme Rivarol reprend, bien vite,sa prestance virile !

Que les libéraux , avec toutes les balivernes solennelles auxquelles ils sont forcés de renoncer, feraient bien de méditer cette définition, si juste.de la liberté: La liberté, disait Rivarol, est l'effet d'un contrat entre l'indépendance et la sûreté; ce n'est pas la faute des gouvernants, c'est la faute des gouvernés, si les deux termes du contrat ne sont pas toujours égaux; ainsi, au lieu de déclamer contre l'état de siège, pourquoi ne pas s'en prendre à ceux qui nécessitent l'état de siéger II est vrai que les démocrates trouvent inutiles toutes les mesures coercitives ^quand ils sont dans l'opposition, quitte à trouver inutiles toutes les mesures de liberté,quand ils sont au pouvoir.

Quelle admirable prévision de l'avenir, dans ces quelques lignes, qui peignent l'impuissance, dès l'o-

rigine, du régime parlementaire', a L'Assemblée nationale, en soulevant le peuple, a bien pu renverser le trôfïe; mais elle ne peut sauver un citoyen ; le temps viendra. que l'Assemblée dira à l'armée civile (lisez : la garde nationale) : Vous m'avez sauvée de l'autorité, mais qui me sauvera de vous } Si un troupeau appelle des tigres contre ses chiens, qui pourra le défendre de ses nouveaux défenseurs Pv

Le tableau qui suit n'a-t-il pas été l'image du temps présent? a. C'est,principalemenLsur Paris,que doivent se porter les regards de l'Assemblée nationale. On peut compter.dans cette malheureuse ville, quarante ou cinquante mille hommes, dont on ne connaît ni l'existence , ni les intentions , et ces hommes sont armés ! et ils sont mêlés aux bourgeois . qu'ils peuvent égorger.d'un jour à l'autre. Tremblez, Assemblée nationale, que la France ne devienne cruelle ! »

Rivarol ne se dissimule aucune des fautes de la cour; avec sa concision habituelle, il résume ainsi les quinze années de Louis XVI : « Tout le règne actuel peut se réduire à quinze ans de faiblesse et à un jour de force,mal employée. » Mais, d'un autre côté, il ajoute : « L'Assemblée nationale n'avait pas été députée pour faire une révolution, maispour nous donner une constitution. Nos députés n'ont

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encore fait que détruire. Ils cèdent aujourd'hui à la tentation de placer une déclaration des droits de l'homme à la tète de la Constitution; puissent-ils ne pas s'en repentir! Les princes à qui on parle toujours de leurs droits et de leurs prestiges, sont. en ûénéral.une mauvaise espèce d'hommes; l'Assemblée nationale aurait-elle le projet de faire de nous autant de princes ? »

Rivarol avait formulé.autre part. cette sentence si pratique : a Les nations que les rois assemblent et consultent commencent par des vœux et finissent par des volontés. »

Nous avons encore des philosophes : ils entendent, plus que jamais.régenter leur pays : ne pourraient-ils prendre pour eux, en 1877, ce que Rivarol écrivait en 1789 : « Les philosophes actuels composent d'abord leur république^comme Platon, sur une théorie rigoureuse; ils ont un modèle idéal dans la tête, qu'ils veulent toujours mettre à la place du monde qui existe ; ils prouvent que les prêtres et les rois sont les plus grands fléaux de la terre^ et quand ils senties maîtres, ils font. d'abord jévolter les peuples contre la religion et ensuite, contre l'autorité ; c'est la marche qu'ils ont suivie en France, mais bientôt, ils verront. avec douleur.qu'il faudrait qu'il existât un monde de philosophes. pour briser ainsi toute

espèce de joug; qu'en déliant les hommes.on les déchaîne. Qu'on ne peut leur donner une arme offensive,qu'elle ne devienne bientôt défensive. Alors^e philosophes qu'ils étaient, ils deviendront politiques ; ils verront ,, qu'en législation , comme en morale.le bien est toujours le mieux ,• que les hommes s'attroupent, parce qu'ils ont des besoins, et qu'ils se déchirentparce qu'ils ont des passions; qu'il ne faut les traiter ni comme des moutons, ni comme des lions, mais comme s'ils étaient tous les deux ; qu'il faut que la faiblesse les rassemble et que la force les protège. Le despote qui ne voit que de vils moutons et le philosophe qui ne voit que de Jîers lions, sont également insensés et coupables. y>

Quelles considérations pleines de sagesse,sur ce qu'on appelle^i à la légère, la souveraineté du peuple / Comme Rivarol prouve, par une lumineuse comparaison, que la souveraineté n^est dans le peuple.que d'une manière implicite : il est vrai que tout vient de la terre, mais il ne faut pas moins qu'on la soumette par le travail et la culture, comme on soumet le peuple par l'autorité et les lois : a la souveraineté est dans le peuple, comyne un fruit est dans nos champs, d'une manière abstraite. t>

En achevant de prophétiser, Rivarol ajoutait : « Et s'il est vrai que les conjurations sont quelquefois

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tracées par des gens d'esprit, elles sont toujours exécutées par des bêtes féroces, -n Les journées de Juin 1848 et la Commune se chargent de justifier cette assertion en partie double. La Révolution de Février n'a-t-elle pas été une surprise pour l'homme le plus fin de son siècle, pour ce Figaro en habit noir qu'on appelait M. Tliiers, et qui a disparu. en traitant le principe monarchique, comme Bartholo et le principe républicaluicomme Almaviva? A combien de Prud'hommes olympiens pourrait encore s'appliquer ce mot,que le roi Louis-Philippe adressait à un personnage célèbre : « Je vous connais; il y a cinquante ans, vous vous appeliez Pétion!... »

Qu'on le sache bien, il ne s'agit ni de faire de la réaction, ni de retourner à l'ancien régime ; mais tant qu'on n'en aura pas fini avec la légende de la Révolution française, légende qui ne s'est guère formée que depuis les Contes à la Terreur de M. Thiers, on aura travaillé en vain à l'œuvre de la reconstitution de la patrie.

Ceux des conventionnels qui ont assisté à cette formation delà fable,aux dépens de l'histoire, étaient les premiers à s'étonner de la crédulité libérale ;

Il6 CHEZ NOUS ET CHEZ NOS VOISINS.

Baudot, entre autres, disait à un de nos amis.avec une loyauté qui l'honore : a On croit que nous avions un système, c'est une illusion ; nous obéissions fatalement à cette nécessité : tuer, pour ne pas être tués. »

C'est l'honneur de Rivarol.de n'avoir pas été dupe, un seul moment.de cette épouvantable hérésie politique et sociale, dont de madrés pontifes font aujourd'hui une religion.

On n'exhume pas ceux qui sont immortels; Rivarol vivra autant que cette langue française,dont lia célébré.avec tant de science et de goût. le caractère d'universalité (et malgré les efforts du pangerma-, nisme, cette universalité-là n'est pas près de périr) ; mais nous voulions montrer que le passé fait, comme le présent. de cet écrivain du dix-huitième siècle,un écrivain contemporain.

Lorsque tant de menaces sont suspendues sur nos têtes et que nous opposons encore . à tant d'humiliations.tant de fatuité, ne ferions-nous pas bien de prendre en considération cette remarque .xi'une saisissante actualité ?

« Les peuples les plus civilisés sont aussi voisins de la barbarie,que le fer le plus poli l'est de la rouille. Les peuples, comme les métaux, n'ont de brillant que les surfaces. r>

a II n'est point de siècle de lumière^pour la popu-

lace ; elle n'est ni française, ni anglaise, ni espagnole, La populace est.toujours et en tout pays, la même, toujours cannibale, toujours anthropophage, et quand elle se venge de ses magistrats, elle punit des crimes qui ne sont pas toujours avérés, par des crimes qui sont toujours certains. »

Quand la reconstitution de la France est à Tordre du jour, n'aurions-nous pas le droit d'accepter à la fois comme un regret et comme un espoir,cette conclusion de Rivarol?

. a II fallait, pour asseoir à jamais la constitution française sur ses vrais fondements, conserver la monarchie, établir les communes, et créer l'aristocratie, dans un Sénat essentiellement inamovible, c'est-àdire héréditaire et peu nombreux. Il serait résulté de ces trois forces, dont chacune est despotique par sa nature, un gouvernement sans despotisme, mais si énergique et si plein^que la France serait rapidement montée au point de grandeur où sa nature l'appelle; tel qu'un arbre, dont les sucs ne sont plus détournés, remplit bientôt la terre de ses racines et le ciel de son feuillage. »

Que serait devenue et que pourrait encore devenir la France.si elle n'avait été détournée de ses destinées traditionnelles, par des usurpations réciproques et des déviations de grandeur ! Sicile avait eu, comme

Il8 CHEZ NOUS ET CHEZ NCJS VOISINS.

l'Angleterre, comme la Prusse, la sagesse de garder ses princes naturels, la France aurait pu dire.pacifiquement.le mot que M. de Bismarck a dit,au milieu de ses canons : L'Europe.c'est nous ! Mais un grand esprit^comme M. Louis Blanc pourrait-il écouter un petit esprit.comme Rivarol ?

On a contesté le côté religieux de cet étincélant adversaire de toutes les idées fausses; mais n'est-ce pas Rivarol qui a fait cette remarque profonde : « Dans les pays où la religion est en lutte avec la barbarie, c'est la religion qui triomphe ; mais dans les pays oïl la barbarie est aux prises aveoJa philosophie, c'est la barbarie qui prévaut?» N'est-ce pas encore lui quia dit : «C'est un terrible luxe que l'incrédulité?» Enfin, Rivarol n'aurait pas été un véritable homme politique,s'il n'avait fait des croyances religieuses la base indispensable de toute société. La plus belle parole qu'on ait,sur cette alliance éternelle,est de lui : a Tout Etat est un vaisseau mystérieux.,qui a ses ancTres dans le ciel.»

Que celui qui n'a pas péché en politique jette à Rivarol la première pierre. Découragé par les excès d'ineptie qui déshonoraient la nation la plus spirituelle de l'univers, ce grand homme d'esprit tomba

dansl'erreur commune; ilcrut que la rentrée des émigrés, sous la protection des armées étrangères, allait rétablir en France l'ordre etla monarchie. L'optique des choses change.avec le temps. En 1792 il y avait deux patries : Tune à Parisj l'autre à Coblentz. C'est l'honneur de tout ce qui est aujourd'hui digne du nom de Français de ne plus en compter qu'une ; jamais nous n'aurions songé aux Prussiens, pour nous délivrer de la Commune, quoique celle-ci fût moins dithcile,dans le choix de ses auxiliaires. Après tout, les émigrés valent encore mieux que les déportés.

Mais.une fois la faute commise, Rivarol la racheta d'une façon simagnitique.par la lettre, superbe d'éloquence, qu'il adressa à la noblesse, qu'on lui sait presque gré de n'avoir fait un faux pas. que pour se relever si haut. Il faudrait pouvoir citer en entier cet admirable morceau, qui suffirait à classer Rivarol parmi les écrivains de premier ordre. Le clairvoyant royaliste y donne aux émigrés, dont tout le monde croyait le succès certain, les conseils les plus généreux et les plus nobles. Cette lettre, si belle de forme et si pathétique de ton, a conquis à Rivarol jusqu'à ses détracteurs.

^i "Vous allez donc, noblesse française, dit-il en commençant, ordre contemporain du trône, vous

allez donc verser encore votre sang. pour relever la plus ancienne et la plus illustre des monarchies

« Si la France eût été ravagée par des barbares, vous n'auriez à relever que des remparts, des palais et des statues. Mais la patrie éplorée nous montre son sein couvert de blessures et de plaies bien plus cruelles. »

Rivarol a une illusion.qui lui fait honneur; il est persuadé que le peuple, dégoûté des fausses maximes, reviendra.de lui-même. à cette noblesse.qu'ilne peut s'empêcher d'estimer :

tt Quant aux pestes de la démocratie, aux fous révoltés contre l'éternelle nature des choses, au nom de leur faible raison, ils se hâteront.à votre approche, de purger la France de leur aspect.

« Quels climats inconnus recevront ces sanguinaires apôtres de l'insurrection?

tt Odieux dans la monarchie, suspects dans les républiques, chargés des anathèmes de l'humanité, iront-ils se perdre dans les déserts du nouveau monde, ou sont-ils destinés par la Providence à châtier quelque peuple encore corrompu? qu'ils partent donc; que vos mains ne soient pas souillées de leur sang, et que des supplices, toujours trop doux, n'abrègent pas leur vie. Des remords sans vcrlu les attendent. »

Rivarol recommande ensuite à la noblesse de traiter,avec une douceur toute diplomatique. les esprits ulcérés et malades de la bourgeoisie.

<t Faites-leur sentir, dit-il, que leur amour-propre serait toujours plus choqué de la nombreuse classe que l'égalité ferait monter Jusqu'à eux, que charmé du petit nombre qu'elle y ferait descendre. »

Il ne dissimule pas à la noblesse, et.en cela,il n'est que trop bon prophète, que les gens de lettres seront toujours prêts à accabler de sophismes les principes conservateurs, et Rivarol remarque que la Providence a placé, à la même époque, la découverte de l'imprimerie et l'invention de l'artillerie, comme si la seconde devait réparer les ravages de la première. Il termine cet avis aux nobles. en disant « que les « rigueurs ne soient pas héréditaires, sous prétexte « que les faveurs l'étaient aussi ; que la grâce soit tt plus exacte que la Justice, et que l'enfant, toujours « honoré des vertus de son père, soit toujours ab- « sous de ses crimes. »

C'est sur cette pensée, si libérale, que nous prenons, à regret, congé de celui qu'on pourrait appeler^sans dérision. un étincelant penseur. On peut dire que si Rivarol, en écrivant cette lettre, n"a pas été bon patriote, il s'est.du moins. montré grand citoyen.

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