LES VIEILLES VILLES
le Mutilé, Une maîtresse sous Louis XIII, Seul l la Mythologie des bords du Rhin^ la Seconde Vie, et tant d'autres, l'honneur de les apercevoir; il serait ridicule, en effet, de continuer à faire de Saintine, c'est-à-dire d'un de nos plus généreux producteurs, quelque chose comme Etienne Béquet, ce polisseur avare du Mouchoir bleu , bien passé aujourd'hui.
Si, encore, Saintine s'était répété, dans son abondance, si toutes ses compositions ultérieures n'étaient que la paraphrase de Picciola, on rangerait tout de suite ce roi d'un jour parmi ces élégiaques qui n'ont qu'une note et qui, le son donné, ne deviennent plus que des échos ; mais, au contraire, Saintine a abordé tous les genres. avec un égal bonheur : le roman historique, le voyage familier, la légende, la nouvelle mondaine, la fantaisie philosophique. Je ne parle même pas de son théâtre, qui. à lui seul;suffirait pour faire une réputation; Saintine a jugé à propos de prendre un pseudonyme-pour ses œuvres dramatiques ; c'était peut-être faire comprendre qu'il n'entendait compter littérairement que
par ce qu'il signait de son vrai nom ; s'il nous'était permis.cependant.de trahir cet incognito, que de verve et d'esprit nous reconnaîtrions sous le masque ! Mais le moyen d'associer la drôlerie de Riche d'amour, par exemple, et la mélancolie dePicciola ? comment croire que le poëte d'une Seconde Vie est aussi le joyeux prosateur d'un Monsieur et une Daine, une des plus célèbres Arnalades? On dirait qu'en se cachant à la scène, derrière Duvert et Lausanne, sous le prénom de Xavier, Saintine, ce délicat psychologue, a eu comme la pudeur de son trop de gaieté ; en effet, Lamartine faisant ouvertement du Désaugiers perdrait étrangement de son prestige; les fa di Ion fa ne conviennent pas à la lyre.
Saintine n'est point à ranger dans l'ordre supérieur oîi se place l'auteur des Méditations j mais, dans ce talent secondaire, le penseur ému et gracieux domine trop, pour qu'on ne lui sacrifie pas volontiers l'égayeur. Disons enfin que, dans son répertoire théâtral , Saintine est primé par des chefs de collaboration, tandis que, dans ses livres.il a l'avantage d'être tout seul, et de permettre ainsi qu'on ne coure pas le risque de le louer aux dépens d'autrui.
Phase coquette que celle où, en se dédoublant volontairement, on facilitait la division de la critique! Aujourd'hui, on signe, sans gène, du même