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de cœur qui devient si rare sur ce globe refroidi, et qui nous fera toujours préférer une nature d'élans, comme M. de Villcmessant, à un barème politique, conimc M. de Girardin.
Maxime Gérard n'aurait jamais cru devenir l'obligé de la terrible maladie qui s'acharne sur lui depuis quarante-cinq mois; c'est elle pourtant qui lui a valu, mon cher Comte, de monter au rang de vos amis, car Gérard n'était pour vous qu'une simple connaissance avant ce guet-apcns du destin ; c'est encore par elle que s'est fait présenter le plus compatissant et le plus aimable des voisins, le comte Henry d'Ideville, un homme du monde qui sait écrire sans mots d'auteur; c'est elle enfin qui a ramené à Gérard un camarade de collège dont il semblait oublié tant qu'il était heureux, Armand de Barenton, le plus correct des gentlemen , un Titus de l'amitié qui a toujours l'air de dire, quand vous ne lui fournissez pas l'occasion de vous être agréable :fcii perdu ma journée. Je me plais à citer les noms de ceux que l'adversité attire ; c'est vous trois avec quelques cœurs restés fidèles qui avez interrompu utilement pour Maxime Gérard la prescription de l'espérance; c'est vous trois qui l'avez vengé de bien des défections imméri-
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tées, de cruautés bêtes, et de dédains bourgeois, qu'il pourrait rendre au centuple. Vous avez plus d'une fois remplacé pour lui les amis déserteurs et la famille absente, prouvant que le meilleur secours vient encore des ouvriers de la dernière heure.
Maintenant, mon cher Comte, absent de Paris depuis longtemps, et forcé d'habiter la campagne jusqu'à l'hiver, vous me demandez de vous donner des nouvelles détaillées de votre malade. Permettez-moi auparavant de résumer en quelques mots la situation; vous vous rappelez que, l'année dernière, Gérard subit une crise formidable qui le laissa quinze jours en grand danger. On ne se gênait guère autour de lui pour prédire sa tin prochaine ; il pouvait lire son arrêt sur tous les visages; chaque mot lui révélait le peu de confiance qu'on avait dans sa prolongation. On l'aurait pris volontiers à quatre-vingt-dix contre un, et il entendait déjà dans la pièce voisine ce piétinement qui fait penser à la maison mortuaire. Il aurait pu dire comme le personnage des Faux Bonhommes : « Il n'est question que de ma mort, ici. » — Un heureux concours de circonstances avait groupé autour de lui la garde d'honneur de la parenté et de l'amitié. Vous
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nMgnorcz pas que Gérard n'est pas précisément un libre penseur. Deux ou trois fois il avait essayé de se lancer dans les régions du doute, mais comme un touriste qui, surpris par la tempête, est heureux de se réfugier dans la cabane du charbonnier, il était vite retourné à la foi de son enfance. Le plus beau jour d*' sa vie avait été le jour où il fit sa première communion, et au milieu de ses souffrances ce fut une nuit presque douce que celle où il reçut ce sacrement admirable qui s'appelle Textrême-onction. S'il avait pris alors le train des élus, il serait parti, comme il le dit lui-même, avec bien des illusions; malheureusement il eut Timprudence de survivre à Tassant qui eût dû dix fois le briser, — Oh! alors, la scène changea de face. Tant que la m.aladie s'était tenue dans les conditions classiques du théâtre, exposition, nœud, dénouement^ on lui avait pardonné des faiblesses et des redites; mais, quand on vit que le rideau se relevait sur un quatrième acte, ce fut un revirement général. Certains prophètes se montrèrent un peu piqués de s'être trompés de date. Une jeune dame qui se laissait volontiers appeler sœur de charité et qui enguirlandait Gérard de sa sollicitude caressante, fit au ressuscité une
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mine froide, comme si elle désapprouvait sa conduite. De quel droit ce condamné à mort s'imposait-il encore à ses contemporains ? Il y a des indiscrétions qu'un agonisant bien élevé ne commet pas. Une personne qui avait des obligations à notre héros se crut bien forcée de venir le revoir, mais elle lui fit une visite d'impolitesse. Quant aux amis ordinaires et extraordinaires, ils se divisèrent en deux catégories : les uns disparurent pour toujours : ne nous hâtons point de les blâmer; peut-être leur affection était-elle trop courte pour une maladie si longue, comme ces fameux ponts dont un ingénieur n'avait pas pris mesure sur la rivière. Peut-être jugèrent-ils qu'après vingt ans d'attachement, ils avaient bien gagné leur retraite, et, dans ce cas, la logique eut été qu'on leur fît une pension et qu'on les décorât pour services exceptionnels non rendus. Les autres, plus timides, se bornèrent à raréfier leur présence.
Les plus malins inventèrent plusieurs affaires Chaumontel pour se donner du jeu; ils s'établirent membres d'un conseil imaginaire de surveillance, présidents d'un comité fictif, si bien qu'ils n'avaient jamais que cinq minutes à donner au malade qui les -attendait pendant des mois