LE THÉÂTRE DE NOS PÈRES. 3 IQ
cope ; peut-être CoUin d'Harleville était-il séduisant hors de la littérature, et Fabre d'Eglantinc, ce muscadin de la guillotine, devait-t-il être goûté des belles; pas un des hommes de ce siècle si spirituel ne pouvait manquer d'esprit ; c'eût été un Athénien affecté de béotisme. Dufresny, Nivelle de la Chaussée, Saint-Lambert, Rochon deChabannes, Hauteroche, et tant d'autres, eussent peut-être regardé comme des lourdauds les élus d'aujourd'hui dont on cite les mots ; la causerie de ces sémillants ancêtres pétillait de paillettes plus que leurs habits peut-être, mais, juste ciel ! quelles œuvres de bure ! Certes, nous n'avons plus parmi nous la monnaie d'un Champfort; mais lequel commettrait Mustapha et Zcangir ? Le dix-neuvième siècle n'a pas socialement le même éclat que son devancier; mais, littérairement, pour tout ce qui appartient à l'imagination , comme il l'éclipsé ! — Rien n'est plus divertissant que de voir nos prédécesseurs, si parfaitement dénués du sens poétique, se faire avec tant d'humilité sujets d'Apollon. La métromanie est bien la maladie de ces organisations si pleines de santé. Voilà le vrai sujet qui aurait dû inspirer la verve de Piron : faiseurs de bouquets à Chloris, bouquets sans fleurs; tragiques pour rire, comiques pour pleurer; pastoureaux qui tiennent la houlette
33o CHEZ NOUS ET CHEZ NOS VOISINS.
à l'envers ; didactiques qui rêvent des poëmes sur la règle de trois ; épiques qui n'ont que l'embouchure du flageolet, et qui s'enflent les joues pour faire parler une trompette ; petits abbés libertins , qui s'enterrent dans une fossette ; satiriques sans fouet, amoureux sans amour. Et quelle langue, juste ciel! N'étaient-ce pas les types accomplis de ces héros de boudoir ou de café, si éblouissants dans la conversation, et si ternes la plume à la main? Un certain bel esprit de l'école normale préférait dernièrem.ent ces faiseurs de contre-sens à Lamartine, à Hugo, à Alfred de Musset. Ce n'est même plus là un paradoxe, c'est un attentat à la pudeur de la vérité ; autant mettre tout de suite M. Biard au-dessus de Rubens; autant écraser Rossini avec Campra. A deux ou trois sonnets près, on peut dire que le dixhuitième siècle , cet enragé versificateur, ne s'est pas douté de l'art des vers.
C'est surtout au théâtre que se manifeste avec le plus de désastres cette contre-vocation. Gresset, que nous avons gardé pour la bonne bouche, Gresset, le joli auteur du Vert-Vert, trousse encore lestement son épître du Méchant; Piron, cette flèche de l'épigramme faite homme, sait encore, dans la Métromanie, bander l'arc de sa bouche vibrante ; mais Destouches, mais La Chaussée, mais CoUin,