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LE THEATRE DE NOS PÈRES, 33 I

mais Fabre d'Eglantine, vous n'avez pas idée de l'embarras que leur cause l'emploi de l'idiome poétique; on dirait une mouche dans la glu ; leurs périphrases traînent, leurs régimes n'arrivent pas, leurs sujets se perdent, le sens devient inexplicable ; on dirait les Tantales du mot propre ; et chacun d'eux mériterait cette apostrophe :

Il se tue à rimer; que n'ccrit-il en prose!

Et, sous cette forme si pénible et si contre nature, il n'y a pas de fond. Ils ont forcé leur talent, leur talent ne s'ouvre plus. J'avais gardé quelques illusions sur le Glorieux, un faux bijou dont l'affiche du Théâtre-Français se pare d'autres jours même que les dimanches. Je m'imaginais qu'il y avait un peu d'or çà et là, parmi tout ce cuivre ; c'était à peine du zinc. Figurez-vous un comte de Tuffière, dont le plus gros ridicule est de vouloir que ses gens ne lui adressent jamais la parole, et toute la pièce vit sur cette ingéniosité ; il retrouve son père qu'il ne renie pas, et dans les bras duquel il se jette; il garde son titre et son nom, qui sont bien à lui; il permettra seulement que Jasmin lui dise : « Monsieur le comte, vos fermiers demandent à vous compter leurs redevances. » — On le traite pour peu de chose de glorieux, cet excellent comte de Tuffière ; je trouve,

au contraire, qu'il mérite des violettes. — De l'orgueil, ce péché capital, à peine fait-il un péché véniel. Ou ne manque pas aussi platement une comédie ; c'est rater un lièvre à bout portant.

La Métromanie , cet autre faux chef-d'œuvre où il y a du moins quelques pincées de sel gaulois, pour relever le fade de la donnée , n'est pas la moquerie d'un ridicule, c'est le persiflage d'une extravagance ; le titre e^t forcé ; les personnages sont de pure convention; ce Damis, qui se faisait appeler M. de VEmpjrrée, irait à Charenton s'il y avait un sixième acte à la pièce, et ce M. de Francaleu, qui jette sa fille à la tête des auditeurs complaisants, est un père de vaudeville. Piron a passé à côté d'un beau sujet qu'il avait peut-être entrevu : le poëtte qui aime mieux sa maîtresse idéale que sa maîtresse réelle ; mais rendre risible ce charme demandait une main plus délicate et plus exercée ; en tout cas, nous voilà loin de la Métromanie.

11 faut beaucoup pardonner à Fabre d'Églantine. Il est l'auteur de cette adorable chanson qui a bercé notre enfance :

Il pleut, il pleut, bergère!

mais, sans cette circonstance atténuante, nous thermidoriserions sans scrupule le coupable qui fit le

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