LE THÉÂTRE DE NOS PÈRES
Philinte de Molière. Retouchez à Alceste, si bon vous semble; remaniez Philinte, si cela vous plaît; ces types ne sont pas incommutables ; mais ne mettez pas à l'homme aux rubans verts une rallonge dérisoire; n'anecdotisez pas ses sombres fureurs, et n'infligez pas des redites à Philinte. La punition de l'optimisme, voilà le thème du Philinte de Molière. Alceste veut, par le crédit de Philinte, sauver de la ruine un inconnu. Philinte, qui prétend que tout est bien, laisse l'inconnu se ruiner tout à son aise; mais il se découvre que l'inconnu, c'est lui-même, et, sans la longanimité d'Alceste^ — si ces deux mots peuvent s'accoler, — Philinte, cette ombre de Pangloss, répéterait sur la paille sa dangereuse profession de foi. Peut-être y avait-il aussi une belle idée dans le Philinte de Molière, mais ce style-là enlaidirait 'Vénus. Alceste a trente ans chez Molière; il a douze ans chez Fabre d'Églantine ".voilà la seule originalité de cette copie; on trouve aussi dans cette pièce un avocat qui refait les tirades d'Alceste ; vous sentez que Robinson a trouvé son "Vendredi ; il l'emmène en cet endroit écarté où il cherchait la liberté et l'honneur, et où il a rencontré un procès; au prix de quelles contorsions d'hémistiches et de quelles laborieuses chevilles, Dieu le sait! Si un jeune homme présentait aujourd'hui à un
théâtre quelconque une pièce de la valeur du Glorieux ou du Philinte de Molière^ les sous-machinistes lui riraient au nez. Que serait-ce si nous essayions de vous raconter Vmceslas, une tragédie si dure à l'oreille qu'elle ferait rêver un cylindre pour broyer des alexandrins à Tétat de cailloux? Une bonne fois pour toutes, que ces essais informes fassent partie des archives de notre littérature, mais non pas du répertoire courant ; ce sont IkXts pensums, et non les œuvres de l'esprit français.
On s'est beaucoup moqué de la guerre du romantisme, laquelle n'a pas même duré quinze ans; qu'est-ce que cette arrière-garde auprès de l'incommensurable queue du classicisme qui aura ses deux siècles tout à l'heure? Les Crébillon emboîtant le pas aux Corneille, les Saurin aux Crébillon, les Ducis aux Saurin, les Briffaut aux Ducis ; puis Molière engendrant Regnard, lequel engendra Destouches, lequel engendra Collin d'Harleville, lequel engendra Casimir Bonjour. Veuillons-en moins à Victor Hugo d'un fléau, expéditif après tout; car son servum pecus a maintenant défilé, à un ou