XIV PREFACE
éclair d'émotion quand il s'agit d'aller embrasser leur mère; il en est d'autres qui portent le deuil de leurs parents aux Folies-Bergère; on fait encore ses humanités à l'heure qu'il est, mais on désapprend l'humanité.
Je ne sais pas ce que serait devenu Maxime Gérard sans la providentielle intervention des étrangers. Il était servi ou plutôt desservi par des mégères qui envenimaient son mal. Ce n'est pas un ami, ce n'est pas un parent, qui lui ont cherché et trouvé la garde-malade délicate et fidèle, la compagne compatissante qu'il lui fallait : c'est une charmante femme, que Gérard connaissait à peine, qui s'est chargée de ce soin difficile, une femme d'une piété douce et active, qui ne vous parle jamais de ses pratiques religieuses, mais qui ne compte pas ses bonnes actions; ce n'est pas un ami, ce n'est pas un parent qui sont venus offrir à Gérard de le prendre dans leur voiture et de le mener au bois de Boulogne; une sortie est une si grande affaire pour un pareil malade, s'il n'a pas auprès de lui quelqu'un de dévoué qui soutienne son énergie; ce sont des étrangers qui ont eu cette chrétienne pensée. Ce n'est pas un ami, ce n'est pas un parent qui sont venus sous sa dictée écrire ces lettres qui
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ont la valeur d'un secret, c'est encore à un étranger qu'il a dû confier cette mission si délicate. Ce n'est pas un ami, ce n'est pas un parent qui ont eu ridée de lui faire trou\'er les soirées moins longues, c'est une brave voisine qui ne pouvait supporter l'idée de laisser ainsi un malade sans assistance morale. Qui s'est offert pour passer, parfois, la nuit auprès de lui quand il avait besoin de renfort ? des étrangers qui ne pouvaient pas lui dire : « Sais-tu que nous nous connaissons depuis i85o ? » Qui a trouvé moven de venir en aide à Maxime Gérard, en lui facilitant des conditions de travail? Ni les amis, ni les parents ne se disaient : « après tout, une maladie n'est pas une ferme, et ce pauvre ^Maxime ne touche que les rentes de ses souffrances. » Si l'on disait pourtant à un négociant même riche : " Pendant quatre ans vous ne ferez pas d'aflaires, » il répondrait : « Mais c'est la ruine que vous me proposez. » Les familiers de Gérard ont cru sans doute que la fortune venait en dormant; mais ils comptaient sans les insomnies, tandis que desimpies connaissances demandaient avec émotion : « Comment vit-il ? » Evidemment c'étaient des trembleurs !
Maxime a reçu plus d'une fois des fleurs