‹ Chez nous et chez nos voisinsChapitre 9 sur 34 · XVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XVIII PREFACE

le compte du Mistral, et le charme ne fut pas rompu.

Bientôt les lettres se succédèrent sympathiques, émues, avec une nuance de mélancolie. On lui disait que sa chambre garderait son nom et n'appartiendrait plus qu'à lui; on Tinitiait à tous les projets, à tous les incidents domestiques, si bien que Maxime put se croire encore de la maison et prit les grâces de Taffabilité pour des trésors de tendresse ; mais petit à petit la maladie s'aggrava, les lettres devinrent plus rares et il y eut des séries de mois où la correspondance cessa tout à fait. Maxime se disait : « Maintenant la mesure est comble, le seul soulagement que je puisse espérer, c'est l'entourage des miens. Ils sont nombreux, ils feront la chaîne pour rendre mon existence moins lourde; je trouverai là des 3'eux et des mains de rechange; on se disputera ce rôle tout chrétien de me soigner, de me distraire, de me rendre à la vie; si on ne me sauve pas de la maladie , on me sauvera au moins du désespoir ; ils saisiront cette occasion d'être bénis par Dieu ! et il me suffira pour vivre des miettes de leur bonheur. Ils ne m'écrivent plus, mais ce silence est de bon augure, ils vont

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venir me chercher et m'enlever fraternellement. J'aurai beau résister, ils emploieront la force s'il le faut. »

Il y eut des jours où bien des coups de sonnette le firent tressaillir. C'était la Providence qui arrivait sous la forme de ces parents élevés à la dignité de frères. — « D'ailleurs, ajoutait « Maxime, ils sont trop bons chrétiens pour « vouloir me laisser mourir tout seul. » Rêve irréalisable peut-être ! dénouement de contes de fées! quoiqu'il y eût des fées dans la maison, et que la première de toutes, la Fée .Rayon-nante, sût, rien que par sa présence, changer le mal en bien.

A la fin, cependant, froissé par des remarques désobligeantes sur la prétendue indifférence des siens, Maxime crut pouvoir s'adresser à celle qu'il croyait le plus près de lui par l'affection, à une parente veuve sans enfants et qui signait volontiers « ta sœur germaine. » Elle lui parlait si souvent de Dieu qu'il était convaincu qu'aucune inspiration de la terre ne devait dicter sa conduite. Elle lui avait, d'ailleurs, prouvé son dévouement en \enant pendant la terrible crise veiller sur lui comme un ange gardien. Il lui proposa de se fixer auprès d'elle. La ques-

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tion d'argent n'était pas en jeu, ce qui facilitait les choses. Tout ce qu'il demandait, c'était un coin où il pijt vivre ou mourir, en paix, sous un toit ami, sûr d'une protection et consolé de sentir auprès de lui la présence d'une personne aimée . Son séjour d'ailleurs ne devait rien changer aux habitudes de la maison ; il n'entendait ni être un trouble-fcte , ni un importun. Il lui écrivit une lettre touchante. Elle ne lui répondit pas, mais on répondit pour elle que le parti le plus sage pour Gérard, c'était de se faire transporter dans une maison de santé et qu'il 3"^ en avait de délicieuses à Paris : la maison de santé, cette institution de débarras, qui est aux parents perdus ce que le tour est aux enfants trouvés ! A quelques semaines de là, comme le cœur humain est un abîme de contradictions, Maxime apprit que sa parente avait dit en propres termes : « J'aimerais mieux mourir dans « une cabane de pêcheurs que dans une maison « de santé. » — Il ne crut donc pas pouvoir remercier de ce précieux conseil, désapprouvé d'ailleurs par tous les médecins de Paris, et il n'osa plus invoquer le plus doux des droits, le droit d asile.

Où êtes-vous donc, respectables maisons de

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