‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 14 sur 39 · LA CHASSE AU BLAIREAU · texte numérisé non relu

LA CHASSE AU BLAIREAU

20 mars.

Lorsqu'à cette époque on erre dans les bois vides, où, à travers les arbres et les halliers nus, la lumière arrive à flots mêlée de vent frais, on distingue parfois sur les sentiers la trace étrange d'un animal aux ongles aigus. Les feuilles consommées par l'hiver ont laissé la sente polie et tendre, et les cinq doigts de la bête s'y sont incrustés. Car il y a cinq doigts marqués, avec l'empreinte d'une plante ou d'une paume, comme si un petit ours égaré avait passé par là. L'ours seul, eu nos pays, imprime cette trace, lui ou le blaireau. Le pied est en effet celui d'un blaireau. On vous dira qu'il est plantigrade. Là d'ailleurs s'arrête sa ressemblance avec l'ours : à moins qu'on ne relève chez l'un et chez l'autre une égale taciturnité. Le blaireau a plutôt l'aspect d'un chien. De la taille d'un basset épais, les pattes courtes armées d'ongles tranchants comme des griffes de carnassier, il est enveloppé d'une sorte de fourrure

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rayée noire et blanche. Sa tête, petite et longue, aux yeux étroits, aigus, est attachée à un cou fort et musclé, et elle porte deux petites oreilles soyeuses couchées en arrière, qui lui donnent un air de perpétuelle attention. Le blaireau est soupçonneux et défiant. Il a des raisons pour cela. De tempérament lymphatique, il engraisse vite, s'alourdit, s'essouffle, et partant est peu propre à la course. Aussi se défîe-t-il de ses jambes. Il ne songe point à échapper par la vitesse ou la lon^eur de sa fuite. Il s'en remet à sa prudence, à son expérience des gens et des choses, aux impressions venues des quatre points cardinaux avec les effluves et les vents. Car la nature, qui reste hostile à l'homme, est pour l'animal pleine de murmures avertisseurs, peuplée d'odeurs révélatrices. Enfin il compte sur la puissance de ses griffes acérées. Le rapport qui existe entre son instinct et son genre de vie tient du prodige.

Voici comment il se nourrit et se loge, comment il combat. Un loup et un renard, rôdeurs infatigables, qui courent et bondissent, qui battent tout un pays dans une journée et fouillent une forêt dans une nuit, sont purement carnivores. Si le gibier ou l'appât manque, ils émigrent, ils changent de contrée d'un matin à l'autre. Partout ils trouveront un lièvre à forcer ou un agneau h ravir : ils

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