‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 15 sur 39 · LA CHASSE AU BLAIREAU · texte numérisé non relu

LA CHASSE AU BLAIREAU

chasseront, Uoiniant de la voix comme un limier, ou sauront, aux heures lourdes de midi, se tapir en silence sur le passage de quelque gras volatile. Le blaireau, qui ne visite que des espaces restreints, qui est incapable d'atteindre ou de guetter une proie, mourrait de faim réduit à la chair seule. II est omnivore. Fruits, légumcSj grains et cijair, il mange de tout. Ainsi, sans chasser, il s'alimente dans les environs et parfois se délecte. Il opère la nuit. A pas muets, retenant son souffle, assourdissant tout bruit de marche autour de lui, il rôde avec des ruses infinies. Il suit les lignes d'ombre, le long des haies, les lisières en contre-bas des bois, il se dissimule, se dérobe, se confond avec un tronc d'arbre, flaire le sol, hume l'air où flotte une odeur de proie vive, et se glisse jusqu'à elle. Il sait l'heure où les autres bêtes dorment, la saison où les perdrix couvent, où les levrauts encore hébétés d'être au monde vagissent en chancelant. Il croque les levrauts, déguste les œufs ; il saisit s'il le peut les mères, et les emporte dans son terrier.

Ce sont là ses repas de l'hiver et du prin- , temps. Il a aussi ses festins de l'été, ses agapes de l'automne. Aux chaleurs, il est pris du besoin de se rafraîchir. Prédisposé à l'embonpoint, il souffre des soleils pesants. Il change donc de régime. Il hante les jardins et les

vergers. Plus prudemment que jamais, plus anxieusement. Car les hommes et les chiens errent aussi, sollicités comme lui par la nuit, sous la pénombre bleue des firmaments constellés. Il rampe lentement, lentement : on dirait une broussaille qui vacille. Il va tout droit aux arbres mûrs, aux carreaux plantureux. Il ravage les planches de fèves et abat les pois rames. Il se gorge des cerises tombées, il secoue avec son dos les jeunes pruniers et savoure les prunes entr'ouvertes, il découvre les fruits charnus et les pulpes fondantes. Un mets d'été surtout le tente : le maïs ; le tendre maïs aux grains laiteux encore. C'est résistant et sucré. Il y a le plaisir après l'effort. Il entre dans le champ et s'assied. Il écoute. Puis, il attire à lui la tige avec ses pattes de devant, la ploie, et dévore Tépi. Nos paysans redoutent ces incursions. Souvent, avant de se coucher, ils mènent un charivari autour de leur champ. Ils frappent sur des casseroles, tirent des coups de fusil et font aboyer leurs chiens. Le blaireau de son trou entend : effrayé, il ne se risque pas... Arrivent les brumes automnales. Elles l'incitent à se remonter. Alors, avant de rentrer, quand l'aube raye le ciel d'un trait pâle, le blaireau fait son tour de vendangeur dans les vignobles voisins. Il fouille les souches, il avale les raisins. Il boit à même le jus capiteux, glacé

Page 1