UNE PARTIE DE PELOTE BASQUE
s'accumulent chez les rouges — et, ramassant une balle manquée, Rothschild le Pauvre, le chanteur-compteur, se découvre et s'avance. Le jeu cesse. Il chante :
« J'hamarétaik, hogoy éta hamar étara, Yaounac — Trente à dix, ils en sont, messieurs. »
On s'arrête un moment. Bien que de fer, ces hommes ont besoin de respirer. Les rouges, debout, parlent entre ecix à mots haletants ; les bleus, assis, se regardent, muets. Les minutes coulent. Enfin Eloy, le chef des bleus, se lève. Les pelotari se dispersent sur la piste, un ronflement se perçoit : la balle est au mur.
Cette fois, Eloy s'est à son tour placé. A l'avant aussi, opposé à Chiquito. C'est un combat entre chefs. Chiquito grommelle. Eloy, froid et savant, est de taille. Les deux chefs, émules renommés, l'emportent sans mesure sur leurs pelotari. Eloy le sait. Il amuse Chiquito, et, méthodiquement, par un jeu simple et brutal, il précipite pour les autres des balles insaisissables. Hirrigoyen et Apestéguy sont débordés. Chiquito a compris. Une rage contenue l'envahit : celle d'être impuissant. Sa place n'est plus là. Mais, ce terrain, il l'a choisi : Eloy l'y a suivi, il se déshonorerait en le quittant. Un sourire fait de hauteur et d'acceptation erre sur sa lèvre ; il pense à sa
revanche, tout à l'heure, quand ils seront à égalité.
Toute la lutte est visiblement circonscrite entre eux. D'une résistance musculaire et d'une haleine inépuisables presque, ils fatiguent leur camp." Les hommes de Chiquito surtout faiblissent. Compagnons haletants sur les foulées du chef. Maintenant, leur main gauche empoignant leur bras droit, avec les reins, le cou, la tête, où leurs cheveux rejetés par le mouvement battent en arrière, désespérément, ils arrêtent et renvoient la pelote, d'un coup de tout leur corps, de tout leur être, si brusque et si profond qu'ils en laissent échapper un râle, comme un souffle rauque de bête à bout.
Eloy l'emporte. Chiquito hausse les épaules. Et, dans le silence subit, Rotshchild chante i
« Igoualsaisté, Yaounac, Igoual — Égalité, messieurs, égalité. »
Un autre repos. Chiquito considère les siens. Apestéguy tremble de l'effort inutile,. Hirrigoyen quitte son chistera. Il les sent fourbus. Alors, lui, dont les fibres sont d'airain, lui, dont l'âme de feu n'a jamais cédé, il s'écrie : « Je continuerai seul ! » Et tandis que le mot, repris de bouche en bouche, revient à son oreille en murmure croissant, il jette ses espadrilles en lambeaux, en chausse d'autres, délace un instant son chistera pour