LES NOCES DU MAÏS
3 janvier 1914,
Voici tout â fait une plante des pays chauds : rigide et somptueuse de port, hâtive plus qu'aucune autre, et mystérieuse en son organisme bisexuel. Elle ne passe point la Garonne, ou plus outre mûrit mal. Elle a besoin de longs soleils et de pluie. Elle frémit d'aise à l'air flamboyant, elle ruisselle avec délices sous les orages d'été. A ce régime, dans les terrains d'alluvion, elle s'élève jusqu'à trois mètres. Sa tige, terminée par une aigrette d'un brun doré, porte de deux à quatre épis recouverts d'une enveloppe verte foliacée, et, au-dessus, balance de longues feuilles lustrées qui retombent à demi comme les feuilles opulentes du canna. De la pointe de chaque épi, comme de la lance du Prophète, pend une touffe de poils soyeux et pourprés. Le maïs croît, mûrit et sèche en six mois. Mâle et femelle ensemble, il se féconde avec une précision qui paraît consciente, par le jeu seul de ses organes, sans demander à
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un agent quelconque, au vent ou à la pluie, ou à l'oiseau, de l'aider dans son enfantement. A peine peut-être la rosée intervientelle pour fixer ou pour diluer le pollen.
Le maïs est originaire d'Amérique, disent les uns ; de Turquie, disent les autres. Chez nous, on penche pour l'Islam. Dans le Haut- Gers, et parfois encore ici on l'appelle « lou Turcguest ». Ce qui signifie le blé de Turquie. C'est que, jusqu'à nos jours, où le paysan ne souffre plus sur sa table que du pain de pur froment, le maïs entrait dans l'alimentation de l'homme. On cuisait alternativement dans nos métairies du pain de blé et du pain de maïs. Celui-ci, que l'on nommait «lou miilas », était à la vérité une nourriture lourde et d'une saveur aigrelette. Mais il réalisait une économie. Il se conservait mieux que le pain de froment et valait moins cher. Aussi, dans les familles pauvres, pour vendre plus de blé, consommait-on à l'ordinaire du miilas. Le pain de blé n'était servi que les jours de fêtes à côté de la tasse de café.
Le maïs est une plante vorace. Il demande une terre grasse abondamment fumée. Et encore une terre poreuse, que l'on laboure deux fois, en hiver et au printemps. Alors, l'avril éclos, « son lit est prêt ». Car on le sème grain par grain, à la main, en marchant, dans des sillons creusés à soixante-dix cen-